ASPHYXIE

J’ai souvent eu l’impression de vivre ma vie dans une montagne russe. Avec des hauts magnifiques et de sacrés bas. Mais ça c’était avant. Dans quelques jours ça va faire 2 ans. Il y a un peu moins de deux ans, au hasard d’une cigarette au bas du bâtiment, je devais croiser ta route. Nous vivions dans la même résidence universitaire. J’étais encore jeune dans ma tête, je voulais voir le beau chez les gens, je ne concevais pas qu’on puisse être foncièrement mauvais, je faisais trop confiance, j’avais trop foi en l’humanité en somme. J’étais aussi sacrément paumée. J’avais besoin d’être aimée, de combler un vide, on m’avait déjà trop abandonnée.
Très sûr de toi, tu m’as parlé. Je ne t’ai pas plus apprécié que ça. Je ne t’ai jamais apprécié, en fait. Encore moins aimé. Mais j’étais naîve, trop gentille, j’aimais discuter avec tout le monde et n’importe qui. Quand tu m’as demandé mon contact, je n’ai pas su dire non. Quand tu m’as proposé de se revoir, je n’ai pas su dire non. À partir de là, tout est allé très vite, et il était déjà trop tard. Tu as très vite su cerner mes failles, me faire douter de moi-même. Tu m’as paumée. Tu as joué sur le fait que je trainais cette peur viscérale de l’abandon, et cette grande solitude, ce manque de compréhension de la part des autres. Et tu m’as violée. Et re-violée. Nombre de fois. En faisant passer cela pour une relation « normale ». En te persuadant que c’était une relation normale. J’étais ta chose. Et pourtant je l’ouvrais, je te disais que je ne voulais pas, mais tu ne m’écoutais pas, tu me disais que vous n’aviez pas fini si vous commenciez à écouter ce que disent les femmes. Une fois j’ai craqué lorsque tu prenais ton plaisir avec mon corps, j’ai pleuré d’impuissance à te faire arrêter. Tu as continué et m’as dit ensuite que tu pensais que je gémissais. Une autre fois tu m’as violée alors que j’étais inconsciente car j’avais trop bu mon malheur, mon mal-être. Et encore, et encore.
Et le pire c’est que je suis rentrée dans ton jeu, j’ai finis par accepter de n’être qu’une chose, qu’un trou. Parce que je ne savais plus rien, j’étais perdue, trop abimée. Trop isolée, et absolument plus sûre de moi, de rien. Il n’y avait même plus de « moi ». J’avais peur de toi, que tu me frappes. Je me trompe peut-être mais encore aujourdíhui je pense que ça aurait fini par arriver. Ce calvaire a duré 2 mois environ. J’ai eu la chance de partir loin plusieurs semaines, de m’éloigner de ton emprise, ce qui m’a donné du courage pour te dire que je ne voulais plus entendre parler de toi. Tu m’as dis que j’étais un monstre, que je n’avais pas de coeur. Deux ans après, je commence seulement à me retrouver. Un petit peu. La sortie du brouillard est longue. Je ne suis pas encore sauvée.

Nina

Illustration par Daria.

Illustration par Daria.

2016-08-27T16:59:00+00:00

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