CALAIS JUNGLE – DÉMANTÈLEMENT FINAL

///CALAIS JUNGLE – DÉMANTÈLEMENT FINAL

CALAIS JUNGLE – DÉMANTÈLEMENT FINAL

(DIMANCHE 16 OCTOBRE 2016 – SAMEDI 29 OCTOBRE 2016)

Calais Jungle – dimanche 16 octobre 

« Je n’ai pas pris de vidéo des CRS en train de tirer.
On le sait.
On sait ce qu’ils font.

C’est fini la Jungle, on peut mener tous les combats qu’on veut, mobiliser la terre entière, c’est fini pour leur gueule.

Hier, un gamin m’a dit « tu sais, je ne veux pas repartir en Afghanistan, c’est pas mon pays, moi j’ai vécu deux ans en Angleterre, Là-bas, il y a mon cousin. Alors je lui ai dit « quel âge tu as ? »- 17 ans. Il tremblait de peur.

Alors je lui ai dit « à 17 ans, tu es mineur, trouve une photo de toi avec ton cousin, il te faut des preuves et va voir le Legal Center, demande-leur de l’aide. »

Il m’a dit « j’ai pas de photo. Ma famille en Afghanistan, je ne sais pas où elle est. Mais j’ai le téléphone de mon cousin et son adresse, c’est bien ça comme preuve ? »

Et moi je suis obligé d’être honnête avec lui et de lui dire non, rêve pas, tu vas te retrouver en Afghanistan. Alors casse toi de là avant que les CRS débarquent avec les bus et planque toi ailleurs. Je suis désolé… »

Calais Jungle – dimanche 23 octobre

18h00 : Beaucoup de journalistes, beaucoup de CRS. Le camp est bouclé ce soir à minuit. Les bulldozers sont commandés pour mardi. Sur le trajet, des dizaines de camions de CRS. Dans le camp, les commerces bradent les prix : « one euro ! one euro ! Jungle fini ! »

18h15 : J’arrive chez Sami, il est content de me revoir. Les soutiens présents me reconnaissent aussi « Oh, Polyvalence ! » C’est le dernier jour de la Jungle. Demain, le démantèlement commence.

19h00 : Les journalistes sont devant l’arrêté préfectoral. Avec des CRS. Tout le monde prend des photos. Bon, moi aussi. L’arrêté est posté.

19h30 : Coups de feu (départs de lacrymo ?) sur la bande des 100 mètres.

20h00 : Tirs de la police depuis l’extérieur vers l’intérieur du camp.

20h30 : Les CRS sont postés sur la bande des 100 mètres. Certains exilés, depuis les dunes de la Jungle, leur jettent des pierres. Les CRS répondent en envoyant les lacrymos qui entrent dans l’allée principale et étouffent les personnes qui mangent, qui marchent…

Des Afghans (?) sont en colère (…) et sont armés. Ils volent les téléphones des indépendants. Moi, je les regarde. On se regarde. J’ai une gueule d’Afghan ou de Kurde. En tout cas, personne ne m’a pris mon téléphone. Dès que j’ai quitté la bande des 100 mètres pour aller charger mon tel chez mon pote dans la Jungle, j’ai vu les mecs essayer de revendre les téléphones volés. À la guerre comme à la guerre…

21h00 : Les exilés sont en colère et jettent des pierres sur les journalistes.

22h30 : Je voulais aller charger mon téléphone au resto de Sami.

Sami, je l’ai rencontré il y a plusieurs mois, pour recueillir son témoignage.

C’était fermé, j’ai frappé, il m’a reconnu et ouvert. Il m’a « dit j’ai bloqué les portes, c’est trop le bordel dehors » et m’a offert un thé. J’étais avec cinq Afghans. On a discuté de leurs « projets ». Ils ont dit « Fuck England , on se casse, on prend pas les bus. On va chercher des endroits en France ».

Ils ont sorti une carte et m’ont demandé de leur montrer des endroits où aller. J’ai dit, au Nord, il fait froid et y a des fachos. Au Sud aussi, mais il fait plus beau. Y a des villes cool, Rennes, Lyon. Et les petites agglos comme Nantes. Ils m’ont demandé de leur faire un résumé du marché du travail. Je leur ai expliqué les lois.

Après on s’est marré un peu, ils m’ont demandé comment draguer les meufs et m’ont montré des pornos. Je leur ai dit que je dormais chez Moussa, mon pote soudanais. Ils m’ont dit ah ouais, il est cool, on le connaît. « Y a des meufs ? J’ai dit bof, va y avoir cinq grands mecs, vous serez bien reçus… mais allez, si je trouve une teuf et des meufs, je reviens vous chercher. »

Sami m’a ouvert la porte de derrière, j’ai discuté un peu avec lui, il a dit « je vais prendre le bus, moi, j’irai dans leur CAO et je verrai bien… ».

Minuit : Je suis chez Moussa avec d’autres soudanais. Ils parlent arabe, Moussa traduit. Ils me demandent ce qui va se passer. Les bus, les CAO. Ils n’ont pas vraiment été informés. Moi, je suis pas le mieux placé mais j’essaye de leur expliquer. On va se coucher. J’ai froid.

Calais Jungle – lundi 24 octobre

7h00 : On se réveille doucement, des hélicos survolent le camp. Les files d’attente pour les départs en bus commencent. Je viens d’aider un homme à transporter son caddie jusqu’au pont pour les départs sous les regards des caméras déjà dans la Jungle.

8h00 : Les CRS sont en place. Les bus aussi. La police et les hélicos continuent leur manège, beaucoup de presse déjà. Moi, je fais gaffe, j’ai pas le droit d’être là, alors je me planque un peu.

Les exilés partent vers les bus. Il y a trop de journalistes sur leur chemin qui les filment en gros plan même s’ils disent « no, no please ». Ils filment en cachette en leur disant qu’il ne filment pas ou ils inventent des mises en scène.
Ils vont dans le hangar où ils se verront remettre un bracelet de couleur en fonction de la destination « choisie ». Je croise des exilés qui portent les cartables que nous avons récolté lors d’une soirée organisée à Paris et que nous avons apporté à l’École des Dunes la semaine dernière. Tant mieux, ces cartables auront servi.

Sur le chemin, certains exilés avancent avec leurs valises, l’un porte un ballon de foot sous le bras, un autre se parfume en marchant.

Je croise des soutiens que je connais bien.

C’est assez dur psychologiquement hein, voir des mecs partir comme ça je me demande où je suis. Ce matin j’ai dis en revoir à Moussa et bonne chance.

Une journaliste américaine se recharge dans le resto ou je suis. D’un coup le générateur s’arrête et elle dit y’a plus de courant. Le mec Afghan lui dit « j’ai plus de pétrole ça marche plus ». Alors elle râle et dit « j’ai besoin de mon tel » alors je lui dis « tu es journaliste, vas dans ta cabane montée pour vous, y’a du jus payé par le gouvernement, ici tu gratte les exilés ».

Midi : Il n’y a plus de restaurants. Je me réchauffe près d’un petit feu et un Afghan m’a donné à manger.

14h30 : 1051 personnes sont parties en bus.

24 octobre,

Cher tout le monde,

C’est terminé. Je ne dormirai pas dans la Jungle ce soir. Y resteront les exilés qui n’ont pas pu partir aujourd’hui, ceux qui s’opposent au démantèlement et qui ne veulent pas monter dans les bus. Je ne pense pas qu’il soit très intéressant de leur tourner autour pour filmer l’arrivée des bulldozers demain matin. Je vais les déranger. Je ne veux pas. Ils ont été accueillants, ils m’ont donné à mangé, ils m’ont ouvert leurs portes et montré les passages secrets. Et ils m’ont remercié d’être là pour eux.

Je voudrais les remercier pour tout, leur souhaiter bonne chance, leur dire que je suis désolé. Je l’ai fait. Je voudrais le faire encore.

Je remercie les bénévoles et indépendants, leurs combines et leurs conseils sur le terrain. Et je vous remercie ici pour votre soutien.

Pour les messages d’encouragement et les dons à la cagnotte. On va tout trier, télécharger, publier. Continuez les partages !

Je viens d’assister à une déportation. C’est terrible. Mais on ne lâche rien, on continue à Paris. On sera là, vous êtes là aussi. Merci.

Calais Jungle – mardi 25 octobre 

14h45 : CRS équipés sur la route de l’entrée des Containers côté Sud. Le démantèlement va sûrement commencer ici et maintenant.

15h00 : Cabane en feu derrière les containers.

15h30 : Le restaurant de Sami a été détruit.

16h00 : Manifestation des femmes : http://bit.ly/2f4BSxa

16h15 : L’équipe de démantèlement continue… : http://bit.ly/2er9UcW

19h00 : Plusieurs départs de feux dans le camp.

22h50 : Plusieurs incendies en ce moment dans le camp.

0h00 : Les incendies continuent.

Calais Jungle – mercredi 26 octobre 

3h00 : Le bus des femmes a été brûlé.

Lundi 24, il y a bien eu des départs en bus pour les mineurs isolés. Mardi aussi ?

La préfète affirme dans les médias qu’il n’y a désormais plus personne dans la Jungle et que le démantèlement a été une réussite. Mais il reste – entre autres – 300 mineurs isolés dans la Jungle depuis mardi soir. L’un d’eux a dit « nous on dort dehors ». 
Ils sont repartis dans la Jungle alors qu’elle était en feu ou ont dormi sous le pont. 
10 bus devraient arriver. Est-ce qu’il s’agit de bus pour les mineurs ?

Calais Jungle – jeudi 27 octobre 

Calais Jungle – vendredi 28 octobre 

16h00 : L’École Laïque du Chemin des Dunes a été détruite. Il s’agit de la destruction organisée du bidonville de Calais où vivaient 10 000 exilés qui ont été envoyés partout en France dans des centres d’accueil ou laissés sans prise en charge concrète, certains d’entre eux sont mineurs et s’étaient réfugié dans l’École pour passer leurs dernières nuits dans une Jungle aux cabanes incendiées.

18h00 : L’Église ne sera finalement pas détruite ce soir. Des dizaines de mineurs sont toujours livrés à eux-mêmes dans ce qui reste du camp.

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Calais Jungle – samedi 29 octobre 

Il y a 1500 places pour les mineurs dans les containers.

Il y a 1800 mineurs dans les containers.

Certains dorment donc dans les espaces communs, parce qu’il n’y a pas assez de place. Ces mineurs ont des bracelets.

Quelques dizaines de mineurs ont dormi dehors des derniers jours, devant la zone des containers, en ville, dans ce qui reste du bidonville, etc.

Ils dormaient dans l’École. Elle a été détruite.

Il y a eu des départs en CAOMIE depuis mercredi (le 26). 150 hier.

CAOMIE = Centres d’Accueil et d’Orientation pour les Mineurs Isolés Étrangers.

Il y a aussi des départs en CAO adultes.

La sélection se fait parfois au faciès : « Toi tu as l’air mineur, toi, moins. »

Certains mineurs n’ont pas envie d’être dispatchés partout en France. Ils veulent rester groupe et/ou rejoindre des membres de leur famille en Angleterre.

La police ne permet pas de rester dans la Jungle actuellement.

Le camp n’est pas interdit d’accès mais dès que quelqu’un y entre, la police demande de bouger.

2017-10-24T22:21:58+00:00

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