Il ne s’agit pas d’un récit de viol, en tout cas, je ne l’ai pas ressenti comme tel. C’est juste une anecdote, une histoire banale, où selon le point de vue, je passerais plus pour une emmerdeuse que ma gynécologue pour un tyran.

Pourtant, c’est comme un caillou coincé dans ma tranquillité d’esprit. Un ressentiment, un regret de n’avoir pas su mieux réagir, mieux défendre mon droit et mon corps contre le protocole rouillé d’une médecin pour qui la routine avait remplacé l’exercice d’un métier.

J’étais venue pour renouveler une ordonnance, tout simplement. C’était la première fois que j’allais la voir. Elle ne m’a pas posé de questions, mais il fallait faire un examen, ainsi qu’un frottis, le précédent étant assez ancien. Qu’à cela ne tienne.

Mais elle a annoncé un toucher vaginal, et quand, au lieu de me laisser docilement faire, j’ai demandé quelle était l’utilité de ce geste, j’ai trouvé une gynécologue interloquée, choquée de ma résistance, voire indignée. Elle ne m’a pas répondu. J’ai insisté. Sa seule réponse a été de me dire que c’était ainsi qu’on faisait, qu’elle avait toujours fait. Voyant que je n’étais pas convaincue par sa façon de se retrancher derrière une tradition à laquelle je préférerais nettement l’efficacité médicale, elle s’est fâchée. Oui, vraiment, je me suis faite tancer. Et j’ai eu un ultimatum : “Soit vous m’autorisez à pratiquer ce geste, soit j’annule le rendez-vous”. J’étais venue de loin, en transports, j’avais besoin de mon ordonnance, de ma contraception, j’ai fini par accepter.

Inutile de dire que je ne me suis pas attardée et que je n’ai rien trouvé du conseil que j’aurais apprécié avoir (souffrant à l’époque de divers soucis qu’un.e gynécologue aurait pu – et a par la suite… une praticienne différente – m’aider à résoudre). Je suis ressortie de ce rendez-vous très mal à l’aise, me sentant coupable comme si j’avais été en faute, non pas d’avoir réclamé des explications, mais d’avoir laissé cet examen se poursuivre à contre-coeur.

Je garde en mémoire la stupéfaction indignée de cette gynécologue qui avait tant d’habitudes, qu’elle n’imaginait plus qu’une patiente – une cliente – puisse réclamer le droit de savoir pourquoi.

Camille

 

Illustration par Fanny Baudequin