CHEZ MOUSSA

Hier soir et ce matin, Moussa et les Soudanais, comme j’ai expliqué, ils viennent du Darfour. Et ils ont commencé à nettoyer sa baraque, à sortir les poubelles, à faire le ménage, à tout cleaner.

Je lui ai dit « Mais qu’est-ce que tu fais Moussa ? Tu bouges en fait, tu reviendras pas, ils vont la casser ta baraque. » 

Et il m’a dit « Ouais, mais nous on laisse pas crade, quand on passe quelque part on laisse clean. » 

Et c’était assez hallucinant. Ce sont des communautés soudanaises et c’est comme ça, et voilà. 

Contrairement à un Irakien, qui adopte sa politique dite « de la terre brûlée », c’est quand tu te fais virer de ta terre, tu brûles tout, comme ça on te prend rien. Et ya beaucoup de feux qui sont partis des communautés irakiennes, par exemple, parce que « On me dégage ? Bah ok, je fous le feu, je crame tout, tu pourras rien me prendre ». 

Y a plein de logiques comme ça. 

Les Afghans ils fonctionnent autrement, les Syriens, ils fonctionnent autrement. Je sais pas comment, mais c’est différent. »

Manu

Calais Jungle – 24 octobre 2016

 

***

Il y a ce qui est publié, puis y a la vie que j’ai eue dans le camp, avec les gens que j’ai rencontrés. Voilà, je peux parler de Moussa, j’ai dormi chez lui, il est super cool, je l’ai rencontré, il y a quelques temps dans la Jungle, il m’avait déjà hébergé, c’est pour ça que je suis allé chez lui, parce que c’est un mec qui est sûr, il est respecté là-bas, il est carré, je lui fais confiance. 

Hier soir on a vachement discuté parce que ce matin il avait son bus, ce matin il s’est levé à 6h, il était prêt pour y aller, il voulait se casser de la Jungle.

Il ne sait pas comment ça se passe, ici, il avait besoin de parler, il m’a demandé plein de trucs, donc moi je lui ai expliqué, ce que je savais, ce qu’était un CAO, ce qu’il avait le droit de faire dans un CAO, comment c’était, s’il avait une chambre, une douche, s’il pouvait sortir du centre… Il avait vachement peur que ce soient des centres fermés. 

Après on a parlé des régions de la France. Il ne sait pas trop où aller, je lui ai dit ce qui était cool et ce qui était un peu pourri, je me suis pas mal baladé, je connais un peu la France. 

C’était assez ouf, parce que j’étais dans sa piaule, avec lui, et quatre potes à lui qui parlaient arabe, qui ne parlaient pas anglais, donc Moussa il me parlait en anglais, il traduisait en arabe et moi je lui parlais en anglais, il traduisait en arabe, et tout le monde me posait plein de questions, tout le monde avait besoin de savoir ce qu’il allait devenir. 

Et c’était un peu guedin quoi, ces mecs-là ils viennent du Darfour, au Soudan, c’est pas tous les quatre matins que tu te retrouves dans une piaule avec des mecs du Darfour. 

Il m’a dit que la réalité, c’est qu’ils en sont chassés, mais c’est soft. Entre guillemets. Les problèmes ethniques, là-bas, c’est pas le soucis majeur, le problème c’est qu’il y a eu tellement de bordel, les gens ont tellement été livrés à eux-même, que tout le monde est armé. Donc le soucis il est là : c’est que chacun a un flingue et tu risques de te faire buter à chaque instant. Donc, les mecs, ils se barrent esssentiellement pour ça, parce qu’ils ont envie de vivre, et c’est pas du tout sécure et c’est vraiment le bordel pour ça, au Darfour. »

Manu

Calais Jungle – 25 octobre 2016.

2017-01-29T22:39:04+00:00

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