COMME UN AIR DE FEMMES

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COMME UN AIR DE FEMMES

Il y a de la chaleur, l’odeur et une mémoire vive de toutes ces choses qui ne laissent pas seulement un visage mais une vision propre. Le poids est l’une des sensations préférées pour certain-e-s. Il permettrait d’identifier l’acte si elles résident sur lui tôt demain ou dans un an, peu importe. Et la façon dont le corps se déplace… En contact étroit, si je pouvais tenir fermement avec les deux mains sur les différents points sur lesquels elle s’articule et lire donc nos mouvements volontaires et involontaires, lisses et nets, répétés ou non, je pourrais toujours tenir une image tactile qui m’en dirait beaucoup plus que tout autre stimulus visuel sur la façon dont il se montre et lâche, se demande comment et le refuse, ou l’approche et s’en va.
Tout de moi est parti : les clavicules, les jambes énormes, musculaires… Les cheveux rêches et la sueur, un peu amère comme le café peu corsé. Là, je pose un souffle de lait avec un peu de sucre.
Je me dis parfois que l’auto-conscience corporelle des belles femmes abîmées restreint leurs mouvements. Une collection de petits embarras et des mises à distance qui disparaissent en partie, peu à peu, révélant une odeur de moisi ambiante. Le retrait donne lieu à une certaine soumission. Et la différence en est subtile.

Le répertoire du toucher des personnes est une chose navrante à penser.

Sa main pourrait tenir quelque chose du bout des doigts en alternance et j’imagine qu’il essayait de se rappeler comment jouer une mélodie sur le piano avec délicatesse. Peut-être qu’il se retrouve parfois en face de son piano d’enfance mais que quelque chose l’empêche de jouer à présent. Livré à partir de nombreux endroits à la fois, une présence vacante.
Il y a des regards qui déshabillent et qui n’hésitent pas à affirmer qu’il existe des moments précieux. Il s’en écarte de façon silencieuse et pudique. Je crois qu’on trouve de ces petits moments faits de fidélités perverses et de trahisons de grande loyauté, une place où sourire et être heureuse. Rares sont ceux qui ont la sensibilité de l’apprécier véritablement et de savoir ce que ce regard peut contenir.

Pourquoi être si mutable et inconstante ? Pour apprécier le grandiose et tout ce qui brille. 

Sentant les pulsions des hommes, en tant que femme, on ne détient pas vraiment leur force. Mais nous sommes à la hauteur de ce que nous vivons. Pourquoi est-il toujours plus difficile de concilier les choses avec lui ? Vraiment bien difficile parce qu’il y a une crainte pour commencer, une crainte qui se propage comme une épidémie ensuite, une crainte qui s’annonce, une crainte, une crainte physique, une crainte universelle. Cette peur fait que l’on devient plus compliquées ou alors enveloppées pour une autre expression si l’on veut. Serions-nous toutes devenues fragiles ? On ne se reconnaît pas toujours dans ce regard que la société pose sur nous.
Et je note ici une chose : quand il s’agit de discuter avec d’autres, principalement avec celles et ceux que l’on ne connaît pas, peu ou mal, des doigts pointés – figés, c’est seulement ce qu’on peut voir parfois, misérablement.

Alors s’en suit le fait de rester plus sur ses gardes et faire plus attention. Nous sommes effectivement difficiles nous, les femmes. On est compliquées. Cela dit, il n’y a aucun souvenir heureux qui ne soit affecté émotionnellement. Si tant est qu’ils puissent exister. Et seules nous connaissons notre force.

Sabrina

Peinture d’un coucher de soleil sur la mer.

Illustration par Sabrina

2018-08-14T13:00:19+00:00

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