DANS MA GUEULE LE LOUP

////DANS MA GUEULE LE LOUP

DANS MA GUEULE LE LOUP

Samedi soir, au bar, bière avec une amie. Vers 1h on a rencontré deux garçons, sympas.

On a commencé à parler, c’était intéressant. Je me sentais bien, ils étaient chouettes, la discussion dépassait le niveau des discussions de soirées au bar après quelques verres. En sortant, l’un d’eux me dit pour la deuxième fois qu’il me trouve intéressante, qu’il aimerait « avoir mon contact ». Je suis sûre qu’on a plein de choses à se dire, à partager, culturellement.  Deux jours après nous prenons contact sur Facebook. Il me dit que c’était très sympa de se rencontrer, c’est pourquoi il veut m’inviter à diner ou à boire un verre dans la semaine. Je réponds que le plaisir est partagé. Il est marrant, il est cordial. On dirait une invitation de vieux, mais ce mec à l’air jeune, si je ne connaissais pas son âge j’aurais cru que c’était un type de 20 ans. Je lui propose un jour, et pourquoi pas une terrasse ensoleillée. Il me dit que ses journées sont chargées. Il me donne l’adresse de son appartement. C’est en bout de ligne de métro, assez excentré et peu proche de chez moi. Un bus y dépose. Il émet la possibilité de « commencer en ville » si je le souhaite.

Ma pote me dit : T’es pas obligée d’y aller, ça me stresse pour toi, je sais que tu veux faire plaisir aux gens, mais si t’as pas envie d’aller chez lui, tu lui dis. J’ai peur que tu te sentes mal à l’aise si ce gars te drague. Ça s’est déjà passé avec  « NomDuMec », et faut pas que t’oublie que les mecs peuvent te désirer, eux.

– Je sais pas, il le verra vite que je ne suis pas intéressée par lui « sexuellement », et le fait que je sois homo s’imposera très vite, t’inquiète pas. Pis vraiment il a l’air super cool sérieux j’ai envie de parler avec lui et tout, ça pourrait être un ami après !

J’envoie quand même un sms à ce mec. « Salut ! Bon ça me stresse un peu de venir, on ne se connait pas, tu es plus âgé, je suis seule et tu habites loin. Tu as tout de même l’air sympathique, et c’est pour cela que je viens, car j’aime discuter, partager, découvrir des gens et des choses. Mais ça s’arrête là. J’espère que tu comprends mon stress légitime, (j’suis déjà tombée sur un truc foireux), alors, pour qu’il n’y ait aucun quiproquos je te dis ça (…) »

 – Ne t’inquiète pas ! Aucun stress ! On ne fera que ce qu’on a envie ».  Il m’appelle, me rassure et m’affirme qu’il peut me raccompagner au métro dans la nuit.

J’arrive chez lui en début de soirée. Petites blagues. Ambiance bonne musique sur l’ordinateur, un appartement qui me met à l’aise. J’ai apporté du vin, il me rembourse aussitôt, comme il me l’avait dit au téléphone. Nous discutons, nous mangeons, il me propose un joint, je refuse, il comprend, et fume son splif seul. Là, la conversation s’amoindri.  Il dit : « Tiens on a qu’à regarder un Woody Allen ! » Ca me convainc. J‘suis facilement impressionnable. Vingt minutes après on n’a pas mis le film prévu mais un « film complet de youtube » inconnu (et complètement naze).

Le mec me masse la main, me dit de me détendre, tu es tendue, ta main est comme un chat, tu as des mains de femme, il me souffle dans l’oreille, je me sens bloquée, pourquoi je suis là déjà, je suis contre le mur assise sur ce lit, je ne bouge pas, j’essaie de parler, d’expliquer, que non je ne ressens aucun désir en moi en ce moment même,  mais je m’embrouille, je ne sais pas pourquoi je commence à philosopher sur des questions existentielles dans ma tête alors que je devrais juste me lever, dire non, dire tu ne me plais pas, pas maintenant, je n’ai pas envie, je m’embrouille, j’aimerais être claire, je veux pas casser l’ambiance, (quelle ambiance ?!), j’ai bu 2 ou 3 verres de vin rouge.

Il me dit plein de phrase, ton corps répond, je le sens, tu vois ta main s’est détendue, allez, c’est beau, il y a du plaisir sans désir, je sais ce que tu veux dire, mais c’est une expérience. Il m’embrasse. J’ai la bouche fermée. Il force avec sa langue, je l’entre-ouvre. Mes bras ne le touchent pas, je ne bouge pas, je le laisse enfoncer sa langue tendue au fond de ma bouche, violement, je ne comprends pas, et à l’heure où j’écris je ne comprends pas pourquoi j’étais enfermée dans ma tête à analyser la situation présente sans rien dire et à penser x1000, sans avoir de putains de réflexes.

J’ai juste placé mon bras comme une barrière avant mon pubis, sur la ceinture de mon jean. Mais c’est lui qui prend ma main, et appui assez fort avec elle sur mon entre-jambe. Je ressens une stimulation. Des phrases tournent en boucle dans ma tête. Je balbutie. Il place un doigt sur ma bouche pour dire « shhh, laisse-toi aller ». J’ai envie de lui gueuler que le plaisir c’est mécanique, que je ne suis pas un objet. Je ne suis pas prête je ne veux pas faire ça. Je me sens stupide face à lui. Il amène ma main dans son pantalon, pour sortir son sexe, se branle avec moi, se met à genoux, son sexe à 5 cm de mon visage.  Dans ma gueule, le loup.

Il sort encore des phrases. « On va faire l’amour toute la nuit. Pis j’peux jouir hors de toi aussi.. j’me retirerai.»  Non, non , non. Non on n’ira pas plus loin, putain, j’ai peur  j’me sens mal et je ne veux pas rester là bloquée toute la nuit. Cette phrase me pousse à parler : « non, le métro est là dans 30 minutes, j’ai dit que je voulais partir, je veux partir. »

Il me raccompagne. Il laisse le temps trainer prétextant un oubli. Je speed devant lui je ne veux pas rater le métro, en aucun cas.

Dans le métro je veux souffler. C’était le dernier. Mais y a des cons, des cons qui rentrent de soirée, qui gueulent « on n’est pas des pédés , on est pas des pédaleuuuh», qui crient « vive la droite ! » qui vient d’être élue à la mairie, pis qui prennent toute la place en faisant les cons en se balançant, j’suis obligée de me serrer contre la vitre. Putain d’métro, trop c’est trop. Je me tais, j’ai juste envie de vomir.  J‘ai envie de cracher, de cracher ma soirée sur ces têtes de grands mecs étudiants bourrés qui pensent qu’ils sont les rois du monde et qui commencent à parler de nana à baiser.

Je passe ma nuit chez ma pote. J’voulais pas lui dire j‘avais honte, je me sentais faible, j’avais peur qu’elle dise « j’t’avais prévenue». Ce ne fut pas le cas. On a parlé. On a démonté ce mec  avec des mots. Elle m’a fait prendre conscience qu’il était un manipulateur. Qu’il avait sauté, lentement, limite après limites. Malgré mes réticences implicites. Le lendemain on lui a envoyé un sms réfléchi, cynique, qui fait du bien : «  Merci pour cette soirée enrichissante. Grâce à toi, j’ai découvert beaucoup de choses sur l’art de la manipulation. « Quand une fille te dit que ça s’arrête là.et qu’elle montre un minimum de réticence, c’est qu’elle n’a pas envie de toi. T’as de la chance, je suis jeune et impressionnable. T’as eu ce que tu voulais. J’espère que ça a gonflé ton égo et rassasié tes pulsions. Mais mon corps m’appartient, personne n’a le droit de s’infiltrer dans ma tête. Je suis pas une expérience poético-mystique, connard. »

Sans surprise, Il y a répondu, sans en prendre compte du tout, avec une réponse culpabilisante au possible. Me disant « qu’il ne se rappelait plus de m’avoir forcé, que j’étais adulte, et que je devais me remettre en question moi –car j’avais un problème. »

[Ça m’rappelle vers 15 ans, un ami plus âgé qui voulait qu’on essaie, « pour voir si j’étais vraiment lesbienne » et qui m’avait forcé la main. Ça m’rappelle vers 7/8 ans , ça m’rappelle…]

Non je n’ai pas de problèmes. Culture du viol, on aura ta peau.

Kam

Illu - DANS MA GUEULE LE LOUP

Illustration par Al

2016-03-20T17:10:48+00:00

3 Commentaires

  1. De Saint Léger Sarah 21 avril 2014 at 17 h 53 min - Reply

    Non, effectivement, tu n’as aucun problème, pourquoi ces mecs ne comprennent jamais? Pourquoi ne veulent ils pas comprendre?

  2. edith 22 avril 2014 at 0 h 06 min - Reply

    Merci davoir partage ton experience. Sensations de deja vu, encore, toujours… culture du viol.

  3. Bea 5 mai 2014 at 13 h 23 min - Reply

    Ton histoire est poignante et effectivement du déjà vu pour beaucoup d’entre nous je pense…malheureusement, pourquoi nous sentons-nous si impuissantes dans ces moments? Puis…c’est la culpabilité qui nous gagne.

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