GUEULE DE BOIS

GUEULE DE BOIS

Je crois que je n’ai jamais entendu personne en parler. Sérieux, c’est quoi ce tabou ? Ah et si on était dans le sacro-saint : maman, vierge et putain ? Et si j’avais tellement intériorisé ces idiotes catégories et que je m’étais moi-même enfermée à l’intérieur. Avant j’étais tantôt la vierge, tantôt la putain, incapable de relier les deux. Incapable de faire la paix en mon intérieur entre ces différents masques. Avant, la sexualité c’était compliqué,  liée à la consommation d’alcool, de psychotropes. Être tellement déchirée que je ne savais plus vraiment si j’avais eu un rapport sexuel ? Si j’en avais eu envie. Avant j’étais hyper sexualisée, en tout cas, c’est l’image que je donnais. Je me suis entendu dire par une amie lesbienne : toi c’est dingue, tu sens le sexe, même le matin pas réveillée en pyjama tout pourri tu dégoulines de libido. En fait, durant des années, j’ai subi ma sexualité, et cette image de fille hyper ouverte que je m’étais moi même construite.

Durant des années, je prenais mon pied par hasard, j’étais inactive face au sexe, si je n’avais pas assez bu. Souvent, les mecs me demandaient si j’avais été violée. Parce que mon comportement le rappelait.

Puis, j’ai pris ma sexualité en main. J’ai lu, j’ai regardé des pornos, j’ai acheté des godemichés ; et j’ai compris comment me faire plaisir à tous les coups. J’ai compris aussi comme la jouissance, le plaisir, l’éjaculation sont des choses différentes. À ce moment de ma vie, j’étais une parisienne qui tenait un blog sur le cul et l’amour, et je désespérais de trouver l’homme de ma vie. Je baisais faute d’être aimée, espérant tous les matins que la personne qui avait dormi à mes côtés n’aurait plus envie de partir. Mais, niveau cul, bin j’avais réussi à me débrider, à assumer mon désir, sans avoir besoin d’être défoncée. L’onanisme et la culture porno ont largement participé à cela. J’ai testé pleins de choses différentes, car je suis une reporter/sociologue de terrain dans l’âme. Pour comprendre, il faut se retrousser les manches et y aller : bondage, amour tantrique en Inde, boîte échangiste. J’ai fait un petit tour de la question. J’ai mon master 1 en polyamour, et expériences sexuelles. Je ne veux pas connaître le nombre de mes partenaires.

Bon et puis j’ai quitté Paris. Et avec cela, je crois que j’ai aussi quitté cette fille libérée, enfin en partie. Disons qu’une partie de moi est restée là-bas. Dans la foulée, j’ai rencontré l’homme de ma vie, et très vite, je suis tombée enceinte. Lorsque je dis très vite, c’est arrivé à +2 mois du début de notre histoire.

Mon mec est super, mais il est macho. Comme c’est quelqu’un d’intelligent et de sensible, je sais qu’il y a une belle marge d’évolution possible, mais il reste que son écoute de moi en tant que femme n’est pas gagnée.

Il reste aussi, que les hormones ont massacré ma libido. Je n’ai plus envie de sexe. Et puis, ma peur de mourir liée à mon accouchement n’ont pas arrangé les choses. J’ai eu un accouchement physiologique à la maison, dans un jacuzzi. Tout ce que je voulais. Sauf que l’accouchement a été long, mon col ne voulait pas s’ouvrir, le bébé avait son cordon autour du cou. Merci le sage-femme qui nous a accompagnés, il lui a sauvé la vie en me disant de ne pas pousser, en lui enlevant le cordon avant de le guider pour sortir.  Peut-être est-ce à ce moment que mon placenta s’est déchiré ? Je ne sais pas. Mais quelque heures plus tard, j’étais dans une ambulance, en train de pleurer parce que je sentais que je perdais trop de sang, que je me vidais littéralement. Mourir, je m’en foutais, mais je me demandais ce qu’allaient devenir mon fils et son père sans moi. L’idée que mon fils grandirait sans maman m’était insupportable. Je me sentais partir, mon pouls était fuyant. Lorsque je demandais à l’anesthésiste si j’allais m’en sortir, sa réponse était en demi-teinte. Mes paupières se sont fermées. J’ai cru que c’était la dernière fois. Le dernier visage que j’allais voir ne serait pas celui des deux hommes de ma vie. Ce serait celui de cette anesthésiste pas capable de me rassurer. Et en fait, vous savez quoi. Je ne suis pas morte ! J’ai été opérée, puis transfusée, et je vais relativement bien depuis. Bien que fatiguée.

Mais voilà, depuis je n’ai pas de libido ou presque. On dit que les enfants sont l’inconscient de leur mère. On dit aussi que les enfants font ressortir nos blessures les plus anciennes. On dit plein de conneries. Mais ouais, cet accouchement, cette nouvelle maternité, ça a fait rejaillir cet angoisse du viol qui m’a toujours habitée, ce petit mal de dos qui appartient à la lignée de femme dont je suis issue. De l’inceste, de pédophilie. Voilà ce qui remplace mes pensée érotiques. Moi je suis perdue dans ce tourbillon.

Je fais des liens étranges. Je lis un livre d’un japonais bizarre où on parle d’une petite fille qui est violée et dont l’utérus est détruit. Je pleure beaucoup. Je fais le lien. Je me fais un peu soigner par une femme qui sens des choses dans ses mains.

Mais j’ai toujours du mal avec mon mec. Parce qu’il est bien plus âgé que moi, et que je ne vois que je ne vois plus dans notre relation que la satisfaction d’un complexe d’œdipe mal réglé.

Je fais l’amour avec  mon mec pour lui faire plaisir. Je suis dégoutée. J’ai peur de ne plus l’aimer. J’ai peur qu’il ne m’aime plus. J’ai peur de ne plus jamais avoir de désir. J’ai peur de recréer des choses dégueulasses.

Et puis, je continue l’allaitement. Alors les hormones, ça joue aussi il parait. D’ailleurs, notre fils va avoir deux ans, et nous voulons un autre bébé. Mais je n’ai toujours pas mes règles. Aujourd’hui, j’ai appris que j’avais encore un utérus et deux ovaires en fonctionnement. Pourtant mon corps n’est pas encore prêt à enfanter à nouveau.

Et si tout était dans ma tête ? Et si on me foutait juste la paix ? Je commence à peine à sortir de cette phase où on s’oublie totalement lorsque l’on devient maman. Comme après une grosse gueule de bois, on se demande ce que l’on a supporté jusque-là. Et puis, on se reconstruit. Je tente de refaire lien entre mes différentes identités. Et j’ai de l’espoir. Mon mec commence à comprendre que le problème ce n’est pas lui et sa frustration. Que pour moi aussi c’est frustrant de ne pas avoir de libido. Que j’aimerais que nous en sortions ensemble.

Et moi, je commence à avoir la sensation d’exister à nouveau.

Sarah du boudoir
https://soupirsdansleboudoir.wordpress.com

Dessin au trait noir : Tout en haut de la feuille, sur fond blanc, une petite lune jaune. En bas, une femme lève le visage vers la lune. Elle a de très longs cheveux bruns qui tombent en cascade sur le sol. Elle pleure. Deux longues traînées noires partent de ses yeux et s'étendent vers le sol... son corps est formé de ses larmes. Ce sont des larmes noires, comme du mascara qui coule ou du pétrole ou... un ciel nocturne. Les coulées noires se mêlent à ses cheveux, c'est comme une marre ou un corps. Il y a des étoiles qui s'allument dans la coulée noir. C'est peut-être bien le ciel.

Dessin au trait noir : Tout en haut de la feuille, sur fond blanc, une petite lune jaune. En bas, une femme lève le visage vers la lune. Elle a de très longs cheveux bruns qui tombent en cascade sur le sol. Elle pleure. Deux longues traînées noires partent de ses yeux et s’étendent vers le sol… son corps est formé de ses larmes. Ce sont des larmes noires, comme du mascara qui coule ou du pétrole ou… un ciel nocturne. Les coulées noires se mêlent à ses cheveux, c’est comme une marre ou un corps. Il y a des étoiles qui s’allument dans la coulée noir. C’est peut-être bien le ciel.

Illustration par N.O.

2017-03-19T11:46:08+00:00

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