IL M’A VOLÉ MON INNOCENCE ET MON INSOUSCIANCE

////IL M’A VOLÉ MON INNOCENCE ET MON INSOUSCIANCE

IL M’A VOLÉ MON INNOCENCE ET MON INSOUSCIANCE

Il y a huit ans, j’ai remarqué un collègue que je n’avais jamais remarqué auparavant. J’étais mariée, deux enfants. J’étais dans un moment de faiblesse : je venais d’apprendre comment ma chef me critiquait et ça m’avait pas mal affectée. Et ce jour-là, je lui ai dit : « tu dois en entendre des vertes et des pas mûres à mon sujet ». Il a levé les yeux, je me souviens m’être dit « j’ai l’impression qu’avec lui, je pourrai parler ». L’accroche était faite…

Il était intelligent, bienveillant, flatteur, trop, mais c’était agréable, il me fixait longuement, comme si nous étions faits l’un pour l’autre. Il faisait tout comme moi (il m’avait observée pendant 6 ans – il m’a dit qu’il m’avait remarquée dès mon arrivée à la mairie. Et je me disais : « ben moi pas du tout ! ») J’avais l’impression d’avoir rencontré mon double, et qu’on allait fatalement vivre une histoire ensemble.

Il créait le manque, très bien, et il est devenu ma drogue. Parfois, de loin, je captais des temps d’énervements injustifiés, un côté vite vexé, j’apprenais à faire attention. Je me demandais, dans les moments de silence, si j’avais fait ou dit une bêtise.

J’ai tenté de quitter mon mari, persuadée d’être amoureuse et non sous son emprise. mais le poids de la famille était trop fort. Il s’est rapproché de mon mari sans que je le sache.

À moi (filière culturelle), il envoyait des mails en langage soutenu. À mon mari, qui faisait des fautes, il envoyait des mails avec des fautes. Il glissait dans ses mails des sous-entendus de suicide (ou de meurtre ?) de mon mari (« le sot du puit », je lui dit : « non, seau », il me répond « je te parle du sot qu’on jette dans le puit et qu’on remonte attaché à une corde »).

Il mentait à mon mari, disait que j’avais jeté mon alliance… je ne sais plus, trop c’est loin.

Il était une tierce personne ds notre couple ; Harry, un ami qui vous veut du bien. Il voulait rencontrer mes enfants, et leur dire que ce n’était pas sa faute si maman allait mal. Et mon fils de 7 ans m’a dit : « il me fait peur maman, sa mèche (?) me fait peur », clairvoyance des enfants…

Le soir, on se disait qu’il y avait quelque chose qui clochait danss son attitude, et au réveil, on se disait qu’on avait dit n’imp’ le soir, que c’était un type génial.

Quand j’allais mieux, que j’arrivais à me dire que je pouvais vivre avec lui en simple ami, j’essayais de prendre de la distance – un véritable sevrage (« allez aujourd’hui, j’essaie de ne pas l’appeler »), et c’était une victoire le soir. Et quand il sentait que j’y arrivais, il me raccrochait en un claquement de doigts. Je l’ai vu une nuit devant chez moi, mais quand on ne veut pas voir, on ne voit pas pas. J’ai réalisé après que c’était lui, dans la voiture, cette nuit-là.

J’ai toujours su que ça exploserait un jour, j’avais dit à mon mari : « cette histoire finira très mal ». J’avais des palpitations, le blanc des yeux qui devenait jaune, sans doute à cause du stress de l’emprise. Ce phénomène se déclenche à  chaque moment de stress dans ma vie désormais.

Je me rapprochais des personnes toxiques, et m’éloignais des gens sains, ma perception de la réalité était inversée depuis qu’il contrôlait mon cerveau. Mais j’avais en moi le sentiment de me débattre comme une lionne dans cette guerre psychologique. Je tombais en dépression.

Un jour, pour la préparation de la fête de l’école, les mamans calculaient combien de tranches de jambon il fallait… cette scène m’avait dégoutée, ce côté : « qu’est-ce qu’on en a à foutre », et mon psy m’avait dit : « attendez, vous faites vos courses, vous ne calculez pas selon le nombre de personnes ? » Et dès lors, je créai l’expression : « l’effet Tranche de jambon » quand je me sentais mal. Gens Bons…

Ça a explosé le dimanche 22 avril 2006, je n’oublierai jamais, j’ai failli faire un malaise quand la vérité m’a explosée au visage. Lui, toujours bienveillant, m’a parlé au téléphone avec une haine incroyable. Je me suis dit qu’on y était et que j’allais me prouver que je n’avais besoin de rien, ni de personne pour vivre, seulement de l’air pour respirer. Je ne l’ai jamais rappelé, et c’est ma victoire.

Les jours suivants, il est passé dans mon service, avec un regard haineux que je ne lui connaissais pas, coup de fil, et autres messages insidieux, dans les affiches qu’il créait pour la commune par exemple, devant ma maison, devant l’école. Il est passé la nuit en voiture avec une chanson qui reprennait mon prénom… J’étais terrorisée, je marchais avec un couteau dans mon sac, j’ai vu un flic super à la police qui m’a décrit leur mécanisme, et le livre de Marie-France Hirigoyen, je suis allée sur un forum de violences morales, où j’ai pu tout raconter, et, petit à petit, j’ai remonté  la pente.

Nous avons réalisé que mon père avait une attitude perverse, ce qui expliquait en partie la victime que j’étais devenue. Voilà, maintenant, je suis séparée, rebelle, féministe. Libre de faire mes propres choix. Et on ne m’impose plus rien. Il a déclenché une rage, et pour certains points, je pourrais presque le remercier de toute la force qu’il m’a apportée.

Jeanne

Illu IL M'A VOLE MON INNOCENCE ET MON INSOUCIANCE - BD

Illustration par Charly

2016-03-20T19:15:39+00:00

Un commentaire

  1. Henri Falloux 12 juillet 2014 at 14 h 38 min - Reply

    Bien triste évocation d’une histoire qui peut se conjuguer aussi bien au féminin qu’au masculin, personne n’est à l’abri de ce genre de mésaventure.
    Faire confiance ? à qui ?
    L’enjeu, c’est notre propre personnalité qui en est la cause, à être trop sensible sur certaines blessures narcissiques nous n’en sommes que plus exposé(e)s à être victime des prédateurs…
    La solution ? analyse et thérapie de préférence en groupe (association, sport, danse, musique, arts plastiques etc…) qui grâce à une remise à plat des relations interpersonnelles vont de toute façon vous faire évoluer et passer ce cap un peu douloureux… vous y découvrirez un nouvel aspect de vous-mêmes que vous ne soupçonniez peut-être pas…
    En tous cas, la thérapie passe par l’action.
    Agir est primordial pour la construction et la reconstuction de l’être.

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