INDÉCISION

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Bon. Alors il paraît qu’en parler, ça fait du bien, on verra. Là, je brûle d’envie de fumer un joint, je n’ai plus rien, parce que j’ai décidé d’arrêter, hier soir, pour la 143 762e fois, que ça fait vingt ans que je fume des clopes, quinze ans que je fume des joints et que ça représente à peu près la moitié de ma vie.

En fait, si ce n’était pas une cause potentielle de mort prématurée me concernant, je m’en fouterais totalement et je continuerais à fumer de l’herbe. Ça sent bon, mais trop bon. Ça me détend, parce-que je suis fibromyalgique et les douleurs ça va je gère, mais cette espèce de nervosité du corps, tout le temps en tension, c’est tellement fatigant… Et pour ça croyez-moi, rien de plus efficace que de fumer un joint.

C’est difficile de se décider. Il y a une flopée de corps médicaux qui prônent l’utilisation de la marijuana, pour une variété assez conséquente de maux et symptômes, dont la fibromyalgie. Personne ou presque n’est mort à cause de la marijuana. Ça ne ruine pas ma vie, je sors, je fais des choses, j’ai assez d’argent sur mon compte en banque. Ces éléments-là me font penser que je peux continuer à fumer et que ce n’est pas grave.

 Mais il y a le côté où je sais que je suis dépendante, même si ce n’est pas physiquement. Psychologiquement, si je n’ai rien à fumer, je panique un peu, parce que je sais que je vais passer une soirée tendue, littéralement : les muscles tendus – qui le sont déjà de base – et qui n’auront pas leur relâche habituelle. Aussi, je m’emmerde sans herbe, les soirs où il n’y a rien qui sort de l’ordinaire. Les soirs de semaine, je rentre chez moi, je suis célibataire donc je suis seule, et malgré la présence de mon chat, de la télé allumée, je me fais royalement chier si je n’ai pas à fumer. Alors, vous me direz, faites des choses, organisez-vous une activité – oui, mais laquelle ? Le sport, d’accord, une fois par semaine, je serais occupée. Ensuite, quoi ? Je range l’appart, je trie mes photos, j’écris un peu, je lis un bouquin ? Je le fais, de temps en temps, quand je n’ai plus d’herbe ou quand j’en ai encore et que j’ai envie de faire autre chose parce que oui, ça m’arrive, je ne passe pas non plus ma vie à fumer des joints devant la télé. Mais la plupart du temps, tout ça, je n’en ai pas envie. Après une journée passée à essayer de maîtriser dix-huit enfants – je suis instit -, je suis fatiguée et je n’ai envie de rien faire; mais sans me faire chier. La fumette est la réponse parfaite à ce besoin.

Je suis donc partagée, tout le temps. Vouloir arrêter pour la santé, pour alléger peut-être le porte-feuille, pour être plus active et diversifier mes activités quotidiennes. Vouloir continuer, parce-que ça aide les tensions et la nervosité amenées par la fibromyalgie, parce que ce n’est pas si dangereux que ça pour la santé, parce que je mène une vie tout à fait respectable, et parce que j’aime ça, tout simplement.

C’est ce doute, ce va-et-vient incessant qui me fatigue le plus. Je vais essayer d’avoir un enfant plus tard cette année et j’ai hâte d’être forcée à arrêter – pas parce que je l’aurai décidé, mais parce que je serai obligée. Je n’aurai pas à me convaincre que je fais le bon choix, à me répéter sans cesse les raisons qui m’animent pour arrêter, tout en étant à moitié convaincue. Si je veux un enfant, la question ne se pose plus et je n’aurai plus à me noyer dans cet océan de doute : le choix est fait à ma place, par la raison d’une (future) mère.

Ce que je veux vraiment, au plus profond de moi, c’est arrêter. Sinon je ne serais pas en train d’écrire ce texte, je ne me poserais pas trois mille questions à ce sujet. J’ai réussi plusieurs fois, arrêté presque un an, sans trop de difficulté, puis repris, parce que…. je me faisais chier. Je n’arrive pas à arrêter toute seule parce que les raisons qui me poussent à fumer et les raisons qui me poussent à vouloir arrêter s’annulent, n’étant pas assez lourdes de conséquences pour faire pencher la balance dans un sens ou dans l’autre. Mais, si j’avais une baguette magique, j’avoue que j’opterais pour ne plus vouloir fumer du tout, plus jamais, sans douleur, sans avoir une seule fois l’envie de fumer. On m’a parlé de l’hypnose. Je pense que je vais essayer, en espérant que les effets escomptés seront au rendez-vous.

Mais pas aujourd’hui.

 

MB

 

Illustration par Nicolas Delhaye
Instagram @nicolasdelhaye 

 
2018-05-26T19:34:59+00:00

Un commentaire

  1. Nico 26 mai 2018 at 17 h 53 min - Reply

    Je me retrouve assez largement dans cette analyse, même si mon objectif est plutot d’arriver à gérer ma consommation de cana et le limiter à un récréatif raisonnable.
    QUand ma consommation ne l’est pas (récréative) elle vise plutot effectivement à 1) tuer mon ennui et/ou 2) à appaiser une ame souvent torturée. Et depuis peu j’ai une sévère arthrose au genou mais bon c’est pas la mort non plus.

    Pour essayer de soigner et appaiser mon ame je fais bcp de photosn mais là je me suis mis à écrire en sus.
    Parfois j’écris « à jeun », parfois pas. Mais de plus en plus à jeun ! Et du coup ca tue mon ennui. On verra ensuite – je suis conscient que ce n’est qu’une étape.
    Une amie qui a des pbs de santé et vit en suisse m’a parlé du cbd. Comme j’étais déjà passé a la vapette pour arreter de cloper (ce qui m’empechait de fumer 3x plus de joints sous pretxte que je fumais plus de clope comme lors de tentatives précédentes) le move s’est faitt assez facilement : c’est vendu légalement en france. J’ai commencé à en acheter en dosage 50mg / 10ml et franchement, ca m’a bcp aidé pour le sevrage canabique.

    http://www.lfel.fr/wp-content/uploads/2017/12/ARTICLE_CBD-et-ses-effets_FR_WEB-1.pdf

    Le principe est de dissocier le coté psychotrope (THC) du cana et de ne garder que l’effet relaxant / légèrement anesthésiant.
    J’ai trouvé mon équilibre dans un dosage à 150mg/10 ml que je « coupe » à moitié avec mon eliquide electronique classique. Mais à chacun de voir progressivement ce qui lui convient.
    Ca existe en huile pour les non-fumeurs.

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