JE T’AI AIMÉ ET TU M’AS VIOLÉE

////JE T’AI AIMÉ ET TU M’AS VIOLÉE

JE T’AI AIMÉ ET TU M’AS VIOLÉE

On a beau savoir qu’il est faux, on a tendance au fond de nous à continuer à croire au mythe du loup qui nous agresserait en pleine nuit, dans une ruelle sombre, parce qu’on a été imprudente.

Moi-même j’y ai longtemps cru, même après avoir rencontré des loups dans toute leur réalité.   Quand F. et moi nous sommes séparés, j’ai immédiatement cherché à me remettre en couple, poussée par cette angoisse de la solitude que je cultive. J’ai rencontré E., le courant passait entre nous, et trois semaines après avoir perdu F., j’étais de nouveau en couple. C’est avec E. que j’ai connu mes premières expériences sexuelles, mes premiers préliminaires. Je ne me souviens pas lui avoir clairement dit « oui » un jour, mais je n’oublierai jamais tous ces soirs où je rentrais chez moi après l’avoir vu, une boule dans la gorge me donnant la nausée, avec la honte de n’avoir pas su dire « non ». On s’est vu en moyenne deux fois par semaine, pendant plus de deux mois. Chaque fois se déroulait de la même manière, et pas une seule ai-je réussi à lui dire « non ». Quand j’ai enfin réussi à m’en défaire, j’étais démolie, dégoûtée. Pendant longtemps je n’ai plus eu aucun désir, tellement longtemps que j’ai fini par penser que je n’en aurai plus jamais. Pendant autant de temps, j’ai refusé de mettre sur cette histoire le mot qui lui convenait : viol.

Un an et demi plus tard, j’ai rencontré J. Il savait ce que j’avais vécu avec E., et malgré son désir pour moi, il m’a promis de ne jamais me toucher sans mon consentement, et m’a fait croire qu’il tenait toujours ses promesses. Il a su me redonner confiance, et j’ai fini par avoir du désir pour lui, puis par tomber amoureuse. C’est avec J. que j’ai connu ma vraie première fois, et de nombreuses autres merveilleuses.

Un jour, il m’a présenté L., un de ses amis d’enfance. L. habite la ville dans laquelle je devais passer un concours, et c’est de cette manière que je me suis retrouvée à aller passer une nuit chez lui. Parce que J., mon amoureux, lui faisait confiance, je lui faisais confiance aussi. J’ai partagé son lit, comme une amie. Mais à peine étions nous couchés que ses mains étaient sur mes seins, en train de les palper. J’ai protesté. Il n’a pas compris, il a cru qu’il m’avait fait mal. J’ai dû lui expliquer que je n’avais pas envie qu’il me touche les seins, pas envie de coucher avec lui. J’ai passé la nuit roulée en boule dans un coin du lit, tétanisée. Le matin, quand son réveil a sonné, il s’est dépêché de se préparer, pour avoir le temps ensuite de se recoucher avec moi avant de partir. Alors que je dormais encore à moitié, il a de nouveau commencé à me toucher. J’ai protesté, je l’ai repoussé. C’était, clairement, une tentative de viol. Quand il est parti, il m’a regardée dans les yeux et m’a dit : « Je te préviens, si je te vois et que tu portes une robe, je ne pourrais pas résister. » Ça, c’était une menace de viol. Cinq mois plus tard, elle me hante encore.

J. et moi nous sommes installés dans la même ville que L., parce que j’y avais réussi mon concours, que j’allais entrer dans l’école qui me plaisait. Mais je devais passer devant chez lui tous les jours pour m’y rendre. J’avais peur à en pleurer, peur de le croiser, peur que sa menace devienne réelle. J’en ai parlé à J., et il ne m’a pas écoutée. Il a minimisé les choses, il a fait comme si ce n’était pas grave, pas vrai. Et je sais maintenant que c’était en effet sans importance pour lui, parce qu’il plaçait son amitié pour L. au dessus de son amour pour moi.

Quelques semaines après, J. a trahi la promesse qu’il m’avait faite. J’étais déjà couchée quand il est venu me rejoindre dans le lit. Il m’a demandé de dormir dans ses bras, et comme je refusais, il m’a prise de force contre lui. Sans rien me demander, il a commencé à me caresser. Quand j’ai senti ses doigts entrer dans mon vagin, j’étais trop sous le choc pour réagir. Il a cherché à m’imposer une position. Il ne m’écoutait pas. J’ai dû répéter « non », plusieurs fois. Puis je l’ai laissé finir sans rien dire. Quand j’y repense, ce n’était pas la première fois qu’il se passait de mon avis. Mais cette fois là je n’étais pas d’accord, je l’ai dit et il m’a ignorée. C’était un viol. Le lendemain, il m’a quittée.

Aujourd’hui, je n’ai pas peur d’être une imprudente en pleine nuit. Il y a moins de loups dans les ruelles sombres que dans le quotidien.

Lisa

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Illustration par Lisa

2016-03-20T19:29:34+00:00

Un commentaire

  1. Ef 13 octobre 2014 at 16 h 47 min - Reply

    Je compatis pleinement… tu as beaucoup de courage et tu es forte, ne l’oublie jamais.

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