LE TROU

Il m’attendait à la sortie du collège :
« Viens, j’ai à te parler »
J’avais peur mais sa voix douceâtre a tenté de me rassurer
On marchait
« On va aller discuter chez des amis » m’ a-t-il dit
Arrivé dans le hall de l’immeuble, il tire la porte de la cage d’escalier
« Mais… où on va ? » demandais-je, étonnée
Le diable qu’il était a fait tomber le masque d’Apollon
« Qu’est-ce que tu croyais ? Hahaha ! »
Il ricanait en me regardant paniquer
« Suce-moi »
« Mais non, je ne veux pas ! »
Et sa queue fourchue a étouffé ma gorge, les larmes et le sang me sont montés aux yeux
À partir de là, c’était soumets-toi ou crève 
Telle une marionnette je me suis laissé déshabiller, écartée, ouverte
Je ne sais plus, c’est le trou
Le trou qu’a fait son sexe énorme dans ma gorge
Le trou qu’a fait son sexe énorme dans mon corps
Le trou noir dans ma mémoire
« Ce n’est pas un viol, tu le connaissais ! » m’a dit ma grande soeur quand cinq ans après j’ai retrouvé la mémoire
« Il t’aimait, c’était juste une manière maladroite de s’y prendre » m’a dit ma mère quand quinze ans après je lui ai enfin confié mon secret
« Et alors ? Tu vas avoir les couilles de porter plainte, hein ?! Tu n’en est même pas capable, j’en suis sûre ! » a-t-elle fini par me lancer à la figure
Il y a eu le mensonge, la trahison, la peur , le mépris, la violence , l’humiliation, la mort, ce jour de viol avec ce diable
Et puis à nouveau il y a eu la trahison, la peur, le mépris, la violence, l’humiliation, la mort, ces jours de confidences avec ma famille
Deux manières de vouloir tuer
La double peine
Le trou béant.

B. 2017

Illustration par B.

2018-06-11T21:59:46+00:00

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