MES VACANCES EN BULLDOZER

MES VACANCES EN BULLDOZER

Il m’est finalement rare de me baiser avec amour.

Trop de fois à s’étrangler la veine comme on arracherait une ronce, l’envie réclamée par le besoin d’en finir ou de recommencer, mais pas de faire depuis le début.

Mais parfois… allongé sans trop d’idée et porté par le souvenir ou l’invention d’une caresse, d’un regard, d’un début d’histoire et d’un peu de peur, voila que je me sens beau de potentiel.

Dans un lit, ma queue coincée entre le poids de mon corps chaud et la moiteur assez rêche d’un matelas, je la sens raide qui empêche mon sommeil. Il faut aussi un peu de peur de tomber amoureux alors qu’on est seul. Et se dire que pourquoi pas ? La nuit attendra, donc laissons voir, je ne sais pas qui l’a décidé mais en cet instant, quelque chose autour de moi veut me voir baiser. Quelque chose me trouve beau et m’observe, et ce regard m’excite, comme celui d’un voisin que l’on ne croisera qu’un jour dans sa vie et qui peut alors tout voir, pervers et inconséquent. Et je commence sans chercher le but, sans subir l’ordre, sans savoir pourquoi, je commence à me toucher avec autant de naturel que lorsque l’on se fait réveiller agréablement par l’aube. Sauf qu’ici les yeux se ferment quand le corps se chauffe.

Les doigts qui me caressent vraiment, comme s’ils ne connaissaient pas mon corps, qui se perdent vraiment sur le torse ou le ventre, comme s’il ne connaissait pas le chemin. Mes mains maladroites mais échafaudant leur plan d’attaque, qui me séduisent et m’apprivoisent, et mon souffle qui joue le jeux sans forcer à coup de « qu’est ce que tu me fais ?». Un ongle s’enfonce sur la cuisse, je me fais des surprises, des choses que je ne me ferais pas, je joue ce qu’il faut pour ne pas me reconnaitre. Je surjoue pour séduire le voyeur qui me trouve beau et je me vois surjouant et je me trouve beau.

Je regarde mon corps comme à travers une porte entrouverte et je m’en approche pour le décrypter sans le réveiller, je tends mes muscles à chaque endroit où mes yeux se posent, je m’exhibe à moi sans besoin de personne. Je me montre sans pudeur, empli du bonheur de ne pas sentir la limite entre mon corps et mon sexe et de n’être qu’un. Un pouce sur un gland serré dans une main au bout d’extenseurs sur base d’un muscle cubital maintenu par les ligaments d’un coude, tout cet assemblage d’éléments se mouvant en rythme décalé. Les nerfs qui semblent pousser petit à petit en moi comme du lichen en accéléré sur une roche et qui s’électrisent à faire passer toute les sensations qui montent, et les neurones qui se débattent dans leurs cordes jusqu’à être libres et pris de vertige, avant de découvrir qu’ils peuvent voler.

Ma bite soit disant valable que si partagée, cette fois à moi sans peur d’un autre regard.

Jouisseur cette fois au milieu des branleurs d’habitudes.

J’érupte pour personne d’autre que moi, sans m’aider d’autre râle que le mien car seul et sans en souffrir.

Un sang hilare d’oxygène me gicle dans le cœur, pas de la simple endorphine au crane, pas le plaisir aigre-doux trop honteusement facile ou la jouissance rageuse que la drogue nous réclame. Cette fois c’est du jus de fruit frais gorgé de soleil, et tant pis pour le monde.

Plaisir d’être et de ressentir sans subir, ni victime ni bourreau, moi seul, ma décision au corps, mon arme en main et mes atomes à disséquer. Ma mise à vie trop rare, et voir la sensation comme une ligne infinie et pas comme l’onde à chaque fois relancée par une pompe. Mes membres qui s’emplissent de vie ne sont plus ces gants de plastique dans lequel la machine souffle.

Il m’est arrivé parfois de vivre cet amour seul, amour sans lendemain qui ne me fait plus peur mais se rencontre rarement, qui nous fait nous murmurer « merci » en s’endormant.

 

Rob

 

 

 

Il

Dessin sur feuille blanche : un homme blanc aux cheveux courts et châtains est dédoublé et se tient dans les bras tout en tenant ou touchant chacun le sexe de l’autre, l’un sourit, l’autre semble concentré, ils ont les yeux fermés. De petites étoiles brillent autour d’eux et au niveau de leurs cuisses une bannière où il est écrit « Nosce Te Ipsum », « Connais-toi toi-même en latin ».

Illustration par Anna R.

2018-10-12T16:45:39+00:00

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