NON, TU N’AS PAS DE NOM

////NON, TU N’AS PAS DE NOM

NON, TU N’AS PAS DE NOM

Août, tout le monde ou presque en Suisse, dont le co-responsable. Tétons douloureux, et nausée persistante, la pilule n’a pas dissimulé ces symptômes-là.

  PANIQUE. Une ligne de métro plus tard, je suis chez mon amie C. qui m’offre une tasse de thé au gingembre et un test de grossesse. On s’était rencontrées en défendant l’avortement contre les cathos intégristes de « SOS tout petits ». Le temps d’attente est occupé par un espoir qui fait tenir et l’insoutenable certitude : POSITIF. « Meuf, je suis désolée », pleurs et blagues, on file au centre MGEN le plus proche.

   Arrivée là-bas, grande surprise : une femme m’oblige à un entretien, me pose des questions : celle normale, définissant à peu près le nombre de semaines d’aménorrhée : on est déjà bien avancés rapport au délai français (douze semaines) ; celle anormale et intrusive : pourquoi voulez-vous avorter ? Alors, oui mes réponses sont anonymes mais ça me questionne, j’ai pas demandé d’entretien psy, qu’est-ce qu’on m’emmerde ? Puis, consultation chez le gynéco, au même endroit : Bonjour Madame, déshabillez vous, un doigt dans le vagin, au revoir. C’était pour le moins froid. Je repars avec la liste des centres pratiquant l’IVG à Paris.

  Chez moi, j’avoue à ma mère, elle trouve que j’enchaîne les conneries mais me soutiendra, pas un mot au beau-père surtout, il ne comprendrait pas. Elle aussi avait avorté, mais elle aurait voulu le garder, autre histoire. Je ne peux rien manger, tout me donne la nausée, quelle galère !

  J’appelle un par un les centres IVG, pas de places, fermé, on est en août. Finalement, un centre répond, pas de médicamenteuse car pas le temps d’ici au rendez-vous, je devrais attendre près de trois semaines pour avorter.

  Dans la rue, j’ai l’impression que c’est marqué sur mon front. Mon corps hurle que je suis enceinte : mes seins ont doublé de volume et n’ont jamais été aussi douloureux, mon ventre s’arrondit, c’est chelou. Ça y’est le co-responsable est rentré, je lui annonce un peu brut de décoffrage, il est un peu ému, me soutiendra de manière assez exemplaire.

  Pour aller faire du paintball, il me faudra mettre deux soutiens-gorges et me bander les seins par-dessus, afin de courir tranquillement. N’empêche, quel drôle de sentiment de se savoir fertile, ça remet en cause son néo-malthusianisme. Dans la tête j’ai la chanson d’Anne Sylvestre, qui chantait déjà pour moi petite, « Non, non, tu n’as pas de nom ». Cette chanson m’a accompagnée toute cette période.

  Après un rendez-vous avec la gynéco et la psy (pourquoi faire, déjà ?), la date de l’opération est retenue.  J’ai choisi l’anesthésie locale, je veux pas y passer toute la journée et j’y vois moins de risques. Le jour même, je partage avec deux autres femmes la salle de repos et d’attente. On discute, unies dans la même sororité. Elles passent avant moi, la première pleure, elle a déjà des enfants ; mais ça ne lui a pas fait mal, elle me rassure. La suivante, jeune, comme moi, a eu mal et perd beaucoup de sang, au retour de l’opération. À mon tour, c’est stressant. La gynéco est sympa elle me dit tout ce qu’elle fait, mais au moment d’insérer l’aiguille de l’anesthésie dans l’utérus, je convulse un peu, trop sensible. L’infirmière me rassure, me caresse le genou gentiment. Sentir son utérus, de cette façon, c’est assez atroce. Je sens les mouvements de l’opération, c’est une sorte de gêne, mais rien comparé à l’aiguille. Après avoir récupéré deux heures, je retrouve mes amies, ma mère et le co-responsable qui m’ont accompagnée, c’était adorable de leur part.  Des amies m’accompagnent même chez moi ; moi je n’aurai aucun saignement, tant mieux. Quelle histoire. C’est fini.                                                                                                                                             

Voltayrine

Illustration par N.O.

2017-04-05T22:11:00+00:00

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