Roya ; c’est comme Rosa, mais avec un Y.
Rosa, c’est ma mère. Roya était sa soeur.
Quand elle a quitté Téhéran pour Londres, Rosa avait seize ans.
Et quand elle y est rentrée, c’est Roya qui est partie pour Cambridge.
Rosa était aventurière, Roya avait de l’avenir.
Quand Roya est rentrée en Iran après la Révolution, Rosa avait déjà fui le nouveau régime et fondait sa famille en France.
Pendant que Rosa élevait une enfant dans un pays libre, Roya se faisait arrêter dans les rues pour avoir laissé dépasser de son voileune mèche de ses cheveux. Parce que des hommes avaient décidé que c’était indécent.
Arrêtée dans un taxi.
Pour une mèche de cheveux.
Trois jours de prison.
Quatre vingt dix coups de fouet en public.
Les rues jadis rassurantes de son quartier chic de Téhéran.
Un jour Roya a appelé Rosa. Elle lui a raconté qu’elle n’en pouvait plus, qu’elle voulait mourir.
Rosa l’a faite venir en France pendant trois mois, pour se reposer. Changer d’air, trouver une solution, penser au futur.
Et puis, Londres a refusé la demande de visa de Roya. Elle dut rentrer en Iran.
Rosa a embrassé Roya, et Roya s’en est allée.
Et peu de temps après, elle s’en est allée encore, par la fenêtre de son salon.
Quatre vingt dix coups de fouet en public.
Trois jours de prison.
Une vie.
Pour une mèche de cheveux.

 

Maëlle