RÉCITS D’ACCOUCHEMENT

RÉCITS D’ACCOUCHEMENT

Naissance de Dragan

La grossesse a été longue et difficile. J’ai souffert presque en continu depuis le début du cinquième mois de grossesse parce que le bébé s’était installé sur l’uretère droit (urgences, opération, pose d’une sonde rénale à demeure, douleurs qui vont de moyennes à fortes tout le temps…).
Visite du huitième mois à la maternité de T. Mon bébé est en siège, j’ai choisi une petite maternité avec un gynéco réputé sympa et pas interventionniste. Il m’examine gentiment et me propose une césarienne. Je refuse en lui disant que je préfèrerais mourir ;). Il me propose une radio du bassin pour pouvoir aviser. J’accepte. C’est difficile, j’ai tellement mal… Bref, une fois fait, le gyneco me reprend dans son bureau et là, il m’annonce que les mesures sont vraiment justes et que si je veux accoucher par voie basse, il faut déclencher rapidement. Pour moi, c’est quand même mieux qu’une césarienne alors je dis oui. Et là, il me répond « ok, à demain matin alors, 7h30 dans le service ! »
Hein ??? Heuuu, je suis pas prête moi !!
Retour à la maison dans du coton, on prépare la fameuse valise, j’ai peur et en même temps je suis impatiente comme pas possible ! Je vais rencontrer mon bébé demain !!! Je ne crois pas avoir beaucoup dormi !
Une fois à la maternité, déclenchement avec du gel sur le col, deux fois. Bof…pas grand chose…on me met ça en intraveineuse. Ah ! Là ça commence à bouger…il doit être 14-15h. Mon mari se marre, me prend en photo alors que j’essaye des positions sympa pour avoir moins mal et tente de me changer les idées. Les contractions avancent, tout doucement. J’ai informé les sages-femmes que je ne veux pas de péridurale. Elles sont dubitatives. Elles n’ont jamais vu de naissance en siège sans péri, et surtout, jamais une femme avec une sonde rénale supporter la douleur !
Pour faire court, chaque contraction tire sur la sonde et donc, tire sur le rein…c’est un rien dérangeant (oui, je suis ironique, c’est ultra douloureux !!)
On lit ensemble notre projet de naissance, elles me donnent leur avis. Je veux un accouchement le plus naturel possible, lumières tamisées, peu de personnel médical si possible, ne pas couper le cordon, allaiter… Elles approuvent presque tout, sauf le peu de personnel car un siège c’est pas simple. Elles emmènent le projet au gynéco pour qu’il soit au courant.
Vers 19h30 elles m’emmènent enfin dans la grande baignoire à jets massants ! Miam !! Je vais y passer une bonne heure, dans une eau absolument bouillante (42°), quand les jets arrivent dans mon dos, c’est jubilatoire !! N. me caresse le dos, plaisante, on discute lumières tamisées, ce serait presque agréable sans ces fichues douleurs !!
Une fois que j’en ai marre, je sors et vais en salle d’accouchement. Je m’étais rhabillée pour traverser le couloir et à peine arrivée, un grand « clac ! » Et je suis trempée ! La poche des eaux s’est rompue, enfin je dirais plutôt qu’elle a explosé ! Je me confond en excuses 🙂 j’ai salopé toute la salle, il y en a partout ! Et au milieu d’une excuse, une contraction me prend. Non, pas une contraction ! L’apocalypse !! Je vomis direct ! De nouveau au milieu de la salle ! Je suis vraiment, vraiment super désolée !!! Et le personnel me rassure, c’est pas grave hein, ce genre de choses arrive tout le temps 🙂
Et là, c’est juste insupportable. J’ai tellement mal que je m’écroule, je pleure, je vomis et j’ai des contractions toutes les 3-4 minutes, c’est juste atroce !
La sage-femme me regarde et me dit « péridurale ??! » Ouiiiiiiiiii !!!!
L’anesthésiste est là très rapidement. Il est environ 21h, ça se passe bien. Je sais exactement ce qu’elle fait, j’ai bossé en salle d’acc, je n’ai pas trop peur.
Dès que ça fait effet, c’est un bonheur sans nom ! Pour la première fois depuis cinq mois, je n’ai pas mal !!!
Par contre, ça ralentit un peu le travail…mais le bébé va bien, le papa va mieux (me voir dans cet état l’a pas mal bousculé !) et moi j’échange des recettes de cuisine avec l’équipe 😉
Vers minuit, il parait que c’est bon, que je dois pousser.
Ah ! Heuuuuu….je sens absolument rien, je fais comment ? Ah oui, je fais comme on me dit, quand on me le dit.
La salle est pleine de monde. L’anesthésiste et son interne, la sage-femme et son élève, mon gynéco et son interne, l’auxiliaire et N. Hem…naissance en petit comité donc 😉
C’est hard, je pousse pas trop mal mais j’ai l’impression d’être nulle. Le bébé descend très doucement. C’est marrant d’entendre « je vois ses fesses ! »
Le monito commence à dire que mon bébé ne va pas très bien. Le gynéco parle de césa et je crie que je veux pas, que je vais tout bien faire mais que non, non, non, pas de césa !!
J’ai un pied sur le bras de la sage-femme, un pied sur le bras de N., je suis bien redressée, je pousse comme une folle, super motivée.
Le gynéco dit que ça passe pas, mon bassin bloque !
Panique…
L’anesthésiste dit qu’elle va tenter le coup de la dernière chance, elle se rappelle d’une fois, il y a longtemps, un siège bloqué comme moi et un flash de jecéplukoi a débloqué les muscles (apparemment totalement tétanisés par des mois de souffrance).
Le gynéco décide de poser une ventouse. Je n’ai jamais entendu parler d’une ventouse sur siège (et j’apprendrai plus tard que mon gynéco ne l’avait jamais tenté mais l’avait vu faire dans un grand hôpital par un de ses maitres. Dans une petite maternité comme celle de Thann, ça ne s’était jamais vu !)
Tout le monde m’encourage (huit personnes qui crient « aller A., aller !!!!! » Ça fait limite holà dans un stade, niveau énergie 😉 )
Et mon bébé finit par sortir !!
Le gynéco donne les ciseaux à N., je dis « mais on veut pas couper le cordon tant qu’il bat ! » Et là, le gynéco, très calme qui me répond « oui mais là, il ne respire pas votre bébé, on n’a pas le choix ! »
Oh !
Ils partent dans la pièce de réa avec le bébé, N. reste avec moi, sonné. Je pige rien… Quand tout à coup j’entends un cri et la sage-femme qui hurle « le bébé va bien A., le bébé va bien ! » Je réalise que oui, vraiment, il n’allait pas bien…il a dû se passer deux ou trois minutes depuis sa naissance !! Sur le carnet, je saurai après qu’il avait un apgar à 3 (comme moi à la naissance !)
J’ai poussé pendant presque une heure. Il est 00h45 et mon bébé respire enfin !
Ils vont le garder en réa pendant une heure, sous oxygène.
Je vais être recousue pendant ce temps-là, puisque j’ai eu une épisiotomie (qui me fera souffrir pendant plusieurs années). N. reste avec moi. Il veut découvrir le bébé en même temps que moi. Je ne percuterai qu’après qu’on était tellement choqués qu’on n’a même pas réalisé qu’on le laissait seul. Je m’en voudrai longtemps d’ailleurs !

Et enfin, ça y est…ils nous amènent notre bout de chou dans une couveuse, il est sous oxygène, je ne peux pas le prendre… On découvre que c’est un petit gars 🙂 L’équipe a réussi à garder le secret (on ne voulait surtout pas savoir par l’intermédiaire de quelqu’un) c’était drôlement sympa de leur part (parce que pendant l’heure où il était en réa, ils sont tous venus nous voir, chacun leur tour).
On annonce à tout le monde que ce bout de chou s’appelle donc Dragan 🙂
Je négocie tout ce que je peux pour le sortir de la couveuse. Je bosse en néonat, je sais comment on garde un nouveau-né bien oxygéné dans les bras, bon sang ! On met nos quatre mains dans la couveuse, sur notre bébé et on réclame sans cesse de l’avoir dans nos bras ! Ils se tiendront à leur protocole débile (deux heures en couveuse)… pendant encore une demi-heure ! Ils finissent par craquer, je suis trop chiante.
Ça y est, j’ai mon bébé au sein, il a arrêté de pleurer une fois dans les bras, on fait du peau à peau, c’est juste trop bon.
Au bout d’une heure, la sage-femme propose à N. de donner son premier bain à Dragan dans une espèce de seau transparent (ce dans quoi on le baignera pendant longtemps à la maison 🙂 )… il a adoré ça !

C’est lui qui est allé l’habiller avec l’auxiliaire. On est emmenés en chambre juste après, N. s’installe par terre sur un tas de couvertures, moi je mets Dragan dans mon lit, au sein et on nous fiche la paix jusqu’au matin.

On partira le jour-même, à 14h après que j’aie insisté pour qu’on voit le pédiatre tout de suite et que j’aie gentiment menacé de partir sans le voir si ça continuait. Ma pédiatre était d’accord pour le voir dès la naissance s’ils nous cassaient les pieds, j’avais une sage-femme qui allait assurer le suivi à la maison, bref, j’avais tout prévu, faites pas chier !
Ils ont tout de même prévenu la pmi, qui s’est inquiétée de nous… aux un mois et demi de Dragan !! Hem !!
Avec le recul, je sais que cette naissance a été assez traumatisante, mais j’ai mis longtemps à le réaliser. C’est en faisant un entretien pour intégrer une formation de doulas et que je l’ai racontée, que j’ai compris, aux regards et commentaires des deux sages-femme que mon accouchement avait été une sacré affaire, mais que mon gynéco avait été un super-héros 🙂

 

Naissance de Solal

Samedi 28 avril,

Aujourd’hui, je suis épuisée… Rien envie de faire, je m’octroie ma première « journée-canapé » alors que Dragan est là.
B. s’en occupe : un jet d’eau dans les mains, deux ou trois jouets, un tas de cailloux et c’est parti pour trois heures de folie !! Avec quelques retour vers maman de temps en temps…
Vers 16h, des contractions un peu plus fortes que d’habitude commencent. Je suis obligée de bouger le bassin sans arrêt pour me « soulager » un peu. Elles se répèteront toutes les vingt minutes jusqu’à une heure du matin, pour finalement me laisser dormir un peu.

Dimanche 29

Les contractions ont repris vers 6h, toutes les vingt minutes, top chrono !
Je décide de prévenir Gi., ma sage-femme et lui envoie un message vers 9h, ainsi qu’à ma maman qui est dans le train pour venir.
Sa réponse ne tarde pas « attends-moi bébé !! Enfin, fais ce que tu veux !! » Illico, plus de contractions !!
Gi. me rappelle et on discute un peu. Elle me fait du bien. Grâce à elle, je me rends compte à quel point c’est merveilleux, ce lent travail de préparation (celui qu’on m’a volé pour Dragan à grand coup de prostaglandine !), mon corps se prépare en « douceur », s’ouvre lentement… Je finis par savourer ces moments qui me centrent doucement sur mon petit qui va arriver.

Midi, on doit aller chercher maman à la gare, Dragan est surexcité, sa mamina arrive ! On s’arrête au marché (ben oui, faut pas oublier de manger !!!!) Puis on récupère maman, contente que bébé ait attendu ! En rentrant, on repasse par le marché : j’ai une envie de fraises phénoménale… j’ai dû en acheter au moins deux ou trois kilos !!
Arrive le soir… et de nouvelles contractions, entre dix et vingt minutes, ça dépend. Plus ou moins fortes, mais qui ne m’empêchent pas de dévorer comme un ogre.
On passe du temps à palabrer sur le prénom du bébé : ben oui, on ne sait toujours pas comment l’appeler si c’est un garçon !!! On plaisante, la vie est belle (même si ça fait un peu mal !) Dragan est adorable, joue beaucoup avec sa mamina chérie…

Je décide d’aller au lit tôt avec Dragan qui est crevé, Gi. me dit d’essayer de me reposer un peu… ce que je fais, contre toute attente. Les contractions (qui durent depuis 16h) s’arrêtent et me laisse dormir comme une masse !! Jusqu’à 1h30 ! Là, j’ai trois contractions très fortes…et puis rien pendant une heure.
2h30, ça reprend, c’est fort mais très supportable…Même sans avoir vécu les grosses, je le sais ! Elles vont se rapprocher tranquillement. Je me lève, j’ai faim !! Je dévore une grande barquette de fraises et un tas de trucs super bons !! J’en profite pour envoyer un mail à mes copines pour leur dire que c’est en route !
Je me sens sereine, heureuse de vivre tout ça chez moi, au milieu des gens que j’aime.
Je repars me coucher vers 5h, me reposant entre les contractions.

Lundi 30
6h30, je me lève ! Ça s’amplifie…
J’ai 2-3 contractions assez rapprochées, puis plus rien pendant cinq à dix minutes… et ça recommence…
J’appelle Gi. vers 7h et lui dit de venir (elle a plus d’une heure de route et doit prendre Ga. (une autre sage-femme qui va la seconder) et j’ai l’impression depuis le début de ma grossesse que je vais accoucher vite !)
Une fois raccroché, je vais préparer une grosse salade composée. En me pliant jusque par terre à chaque contraction… ça me fait marrer, je pense à ma copine Caro qui nous racontait que son mari devait s’arrêter toutes les cinq minutes pour qu’elle se plie jusque par terre sur le chemin de la mat, les fesses en l’air sur le bord de la route… Je suis bien contente de faire la même chose dans ma cuisine !
Gi. me rappelle vers 8h… elle a pris un peu de retard mais sera là à temps, il ne faut pas que je m’inquiète !!
Je vais réveiller B….qui se rendort aussi sec quand je lui dis que non, je n’ai pas perdu les eaux, mais que Gi. va arriver.
Je réveille maman, on discute, Crysta m’appelle pour savoir où j’en suis. Dragan se réveille également (la sonnerie du téléphone !)
Petit à petit, ça s’amplifie, je dois tout arrêter pour souffler ces contractions… Dragan est super gentil, il est sur mes genoux (je suis sur le ballon, c’est le mieux) et je le fais descendre à chaque contraction. Il me tient la main et souffle avec moi, en me regardant profondément. Je lui ai bien expliqué ce qui allait se passer, il n’a pas peur.
Maman appelle ma grand-mère pour lui demander un hébergement pour la journée, histoire que B. et moi soyons seul.e.s (je les voulais auprès de moi au départ, et au fur et à mesure des mois, on avait envisagé autre chose).
Gi. arrive avec sa collègue, au milieu d’une contraction ! Je suis heureuse de les voir… tout va aller au mieux !
Elles sortent tout le barda, la piscine… et on se décide pour la chambre à coucher. Il y a la place et je serai près de mon lit si je ne veux pas rester dans l’eau. C’est l’intimité que j’ai choisie.
Pendant tout ce ballet d’installation/préparation, j’ai plein de contractions, un peu partout dans la maison… Je ne suis bien que pliée en deux, en appui sur ce que je trouve… Gi. ou Ga. s’arrêtent à chaque fois pour me masser le bas du dos, étonnamment attentives… Elles stoppent leurs mouvements au vol, parfois comme mues par l’instinct…. C’est étrange, cette attention si douce, je ne connais pas ça en milieu hospitalier (je me promets d’ailleurs de ne plus jamais laisser une femme sans assistance physique le jour de son accouchement si jamais je retravaille un jour !)
Gi. me propose de voir où on en est : entre un et deux centimètres !! Pfffff, tant pis pour mon intuition d’accouchement rapide… À ce rythme-là, on en a jusqu’à demain !! Le bébé est en pleine forme…
B. se range dans son « rôle » d’homme : il gonfle la piscine et s’occupe de l’intendance, ça lui va bien ! Il ne pense pas à s’occuper de mon bien-être immédiat… J’ai l’impression qu’il trouve les sages-femmes et ma mère bien assez présentes pour ça (et peut-être meilleures que lui ?)
Dragan veut remplir la piscine ! Il trouve ça trop bien ! Gi. l’aide un peu, et puis c’est avec sa mamina qu’il continue. Une fois remplie comme on lui a indiqué (on a négocié au premier boudin) il part chez Mamyline après de gros bisous. C’est la dernière fois qu’il est fils unique…mon grand bébé qui s’en va en m’envoyant un bisou…. Je me sens toute émue !
Et ça continue….3-4 contractions assez fortes suivies d’un répit de cinq minutes.

Les deux sages-femmes se relaient dans mon dos, me mettent une bouillotte bien chaude entre chaque contraction et l’enlèvent dès que ça recommence, pour me masser avec de l’huile de rose.
Elles ont installé un petit matelas de bébé (celui qui appartenait à Dragan) au pied du lit, je suis à genoux dessus, les fesses sur un tabouret d’accouchement et à chaque contraction, je me « balance » à quatre pattes en appui sur le lit, la tête dans une grosse couette les fesses en l’air…très sexy comme position !!
B. est à l’autre bout de la chambre, assis sur une chaise, comme absent à toute cette agitation… limite pas concerné. Je l’envoie dans le salon jouer à l’ordi… sa présence presque ennuyée m’agace ! J’ai l’impression qu’il ne me sert à rien, presque qu’il s’en fout !
Vers 11h, Gi. et Ga. doivent s’absenter pendant une petite heure, j’accepte qu’elles partent et on demande à B. de venir s’occuper de sa femme. Gi. pense que ça nous fera du bien, d’être seul.e.s… et elle n’a pas tort !
B. se place derrière moi, et je peux me laisser aller dans ses bras, ses mains caressant mon ventre, son souffle dans mon cou, ses massages à chaque contractions… je me détends, je lui pardonne son « absence » du début, on discute un peu…
Il a mal au dos, alors je lui propose que nous allions nous allonger, il me sert contre lui, me caresse doucement le dos et me masse… Il se marre aussi, de me voir à quatre pattes, les fesses en l’air en train de souffler quand ça fait trop mal… il me dit que je danse bien et que je suis sexy !! Et il s’endort presque (pti con !)
J’ai tout à coup super envie de vomir…je me précipite aux toilettes et y passe 3-4 contractions pas sympas du tout ! Mais après, qu’est-ce que ça va mieux !
Je décide d’aller enfin dans la piscine (il est 11h40) maintenant que j’ai vomi.
B. me regarde me déshabiller avec… gourmandise et me tend les bras avec beaucoup d’humour, vu la situation (nan mais, y’a pas idée !!)
Bon dieu, c’que c’est bon cette eau chaude !! Mais il n’y en a pas assez, j’ai envie de flotter dans l’eau et là, je suis assise… et plus d’eau chaude dans le ballon ! Merde !! Aller hop, à l’ancienne… B. va faire bouillir de l’eau !
Ça sonne… c’est le facteur qui nous livre l’appareil numérique qu’on a commandé !! Je trouve ça super comique, niveau timing !!
Gi. et Ga. arrivent, commencent à me causer… mais je n’entends rien… je pars dans une tempête de 4-5 contractions assez violentes qui me font m’accrocher, à quatre pattes toujours, aux bords de la piscine… Je commence à vocaliser, comme on dit… des bouououououou assez doux, qui, (ah, tiens, c’est vrai) font du bien !
Et après ça, un gros « POF » la poche se rompt sur une contraction bien forte… il est midi pile, les cloches de l’église sonnent ! Je suis à trois « bons » centimètres (j’ai l’impression que Gi. essaye de me rassurer un peu, car j’ai mal presque sans arrêt…)
J’ai un instant de panique : pour Dragan, à la rupture de la poche, ça s’est transformé en horreur, en douleur insurmontable… Je le dis à Gi. qui me rassure « non, c’est bien, maintenant, tu vas voir, ça va aller bien, fort, il n’y a plus d’obstacle pour ralentir la dilatation… »
Ah ben oui… putain !!!
La tempête commence… en route pour le grand huit…  madame, accrochez-vous, vous allez vivre des instants mémorables !!!
Les contractions s’enchaînent les unes aux autres, pas plus de vingt à trente secondes entre chacune, ça fait super mal ! Je suis accrochée aux bords de la piscine, la tête par-dessus le rebord. Il y a des mains partout sur moi, qui me massent et me caressent…je me rends compte à un moment que c’est B. qui est devant moi, en train de me masser les épaules, ma tête tout contre lui (ça fait combien de temps ??), petit à petit, je me verticalise, je me retrouve assise sur mes pieds, en train de me tenir les chevilles, perdue dans ma douleur, en train de chanter/crier.
Gi. demande (ordonne ?) à B. de me rejoindre dans l’eau : j’ai besoin de m’accrocher à lui, elle le sent bien !
B. est en face de moi, je me pends à son cou, et je me transforme en bête sauvage !
Mon chéri est persuadé que je ferai une chanteuse de hard-rock exceptionnelle !! Je ne savais pas que j’étais capable de pousser des sons aussi gutturaux, comme sortis du fond des âges, du plus profond de mes tripes. Je lui demande si je ne lui fais pas peur… il me répond que je le fais marrer ! (pti con, j’ai dit !)
Gi. veut m’examiner : ça va très très vite selon elle… on profite des quelques secondes dont je dispose à la fin d’une contraction… sept centimètres ! Pas le temps de me réjouir, ça revieeeent… Ga. et B. m’attrapent pour me remettre à quatre pattes (je décolle !!), la position allongée est une telle torture !!
Gi. me propose de me faire moi-même un toucher, pour sentir la tête… c’est magique ! Je suis à quatre pattes, les doigts dans mon vagin et je sens le haut de la tête de mon bébé, encore enserrée par le vagin.

Et ça continue, je crie-hurle-chante de plus en plus fort, il ne doit pas y avoir plus de vingt secondes entre chaque contraction…
Ça pousse en même temps (déjà ??) Je pousse un peu en marmonnant des yayayaya-môamôamôa-beuuuuuuuu (ça doit être drôle, du point de vue de mon chéri !!)
Et puis, ça pousse foooort, et là, je pars dans les aigus, de plus en plus, je pousse, je crie, je pousse, je huuuurle (B. pense qu’il va faire une demande de greffe de tympan !)
Je le sens qui me tient fort contre lui, je suis suspendue à son cou, quelqu’un m’appuie sur le bassin depuis le dos, Gi. me demande si je veux de l’aide, pour épargner le périnée… moi, qui ai la main dessus depuis que je pousse, je sens la tête du bébé avancer très vite, je pousse, je ne peux pas faire autrement, je dis non… puis ouiiiiii… je pouuuuuusssssseeeeee, ça brûle et en même temps, c’est horriblement bon, et ça fait maaaal et c’est boooooon et ça pouuuuusssssseeeee et je huuuuuuuurle.
Et la tête est dehors, entre mes cuisses, je la caresse en attendant la dernière contraction, je trouve ça merveilleux et je prends la main de B. pour la mettre dessus et « beurk !! » et je pouuuuusssssse pendant que Gi., postée derrière moi, dégage les épaules en m’encourageant…
Et bébé est là, flottant dans l’eau, sorti comme une fusée…
Je l’attrape et m’assieds avec lui…. ça y est… il est là… mon petit trésor…Tiens, c’est quoi d’abord ??? Ooooh… un mec !! Moi qui était presque sûre d’une fille… quoi que…. j’avais des doutes.
Ben merde, comment on l’appelle alors ?? On est pas d’accord depuis presque neuf mois… et B. me dit Solal (ça fait des semaines que je le tanne !!) ça lui va bien, il a la tête à s’appeler comme ça, mon petit rayon de soleil !
Au fait, il est né quand ce bébé…12h47 !! Hein ????? 3/4 d’heure, j’ai mis ???? Ah ben c’est pour ça alors… cette impression de tempête !!
Il est sous un linge bien chaud (sorti du four !), en train de téter, déjà. Gi. me demande si je sens des contractions pour le placenta… je tire un peu sur le cordon (je veux pas qu’on me touche) et je sors le placenta tout doucement, en poussant un pti coup… On le met dans un petit bol en plastique qui flotte dans l’eau, accroché à Solal… je trouve ça très rigolo !
J’ai froid…je coupe le cordon (B. a dit sans façon, merci !!) on donne le petit à B. qui se laisse discrètement envahir par l’émotion… je sors, frictionnée par Gi. et Ga., et je me mets dans mon lit tout chaud, sous une grosse couette… Miam… trop bon !!!
Gi. devra me recoudre un peu… je le sentais : trois points et deux sur la lèvre qui a une belle estafilade.
Pendant ce temps, B. et Ga. rangent tout, communiquant comme ils peuvent : Ga. ne parle qu’allemand et un peu anglais… et mon chéri baragouine des trucs très marrants !!!
Solal est tout contre moi, nous sommes nus l’un contre l’autre… c’est trop bon !
Après ça, on mange tous ensemble, sur mon lit, la bonne salade que j’ai préparée ce matin… je trouve ça calme et doux mais aussi bien comique, pensant à mes collègues de la mat !!
Solal est pesé dans un tissu tout doux, quelques heures après sa naissance, ainsi que vaguement mesuré (mètre ruban déroulé le long de son corps accroché au mien, tétant sans arrêt, histoire de voir approximativement quelle taille fait ce beau bébé : 3.600kg et 51cm).

Dragan ne rentre à la maison qu’après 18h, n’ayant pas accepté jusque-là les propositions de ma maman (depuis 13h !) et rencontre son petit frère avec une timidité énorme… entre temps, Crysta et sa petite famille seront passés nous voir, bien trop impatients pour attendre un jour de plus ^^.

Audrey

Illustration par Alraun
https://www.facebook.com/alraunillustrations





2018-06-10T22:37:13+00:00

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