UNDER PRESSURE

UNDER PRESSURE

« Jamais ça ne m’arriverait, à moi ! »

Je m’imaginais le genre de harcèlement possible… par exemple la petite nana soumise, à qui on mettait des mains au cul en loucedé, et qui ne bronchait pas, à peine une larme à l’œil… Et ça me révoltait tellement que je m’étais promis : si un jour ça devait m’arriver, j’ameuterais le monde entier, et le coupable serait pendu par les couilles. Moi et ma grande gueule…

Je rentre le lundi 7 janvier 2013 d’un arrêt maladie, pour fausse couche. Elle s’est plutôt mal passée.
C’est la deuxième fausse couche que je fais en l’espace de 8 mois. Dur. Nous sommes en parcours PMA depuis septembre 2011, et c’est difficile à concilier, pour une femme, avec un boulot à plein temps… Alors je cumule vacances et arrêts maladie. Il faut savoir qu’un parcours PMA est différent pour chaque femme, mais il est long, et particulièrement douloureux, pour la plupart. Je le confirme.

Ce lundi, donc, à mon retour de congé maladie, mon boss me convoque à son bureau et commence : « Vous nous avez mis dans une merde noire… mais je ne rigole pas… dans une MEEEEERDE noire… alors bien entendu, ça n’est pas de votre faute, QUOIQUE… Et vous êtes la seule sur qui l’on peut compter (je suis la seule graphiste de l’agence), donc comment on fait pour les choses urgentes ? Vous n’étiez pas à l’agonie, non plus ? »… Je lui réponds que j’ai failli y passer, limite ! que j’ai été aux urgences, avec les pompiers, et que le reste du temps, je dormais car j’étais shootée.
Là, il était blême… et il a posé quelques questions : « Mais pourquoi vous vous acharnez, vous voulez recommencer ? mais enfin, vous allez y laisser votre peau », etc…
et là, j’ai insisté en changeant de conversation sur la prochaine FIV, qui va se dérouler vraisemblablement en février.
Il n’a rien objecté, à part « oui, bon, là, y aura pas grand chose à faire… on pourra s’arranger, niveau travail ».
Je lui ai donc demandé quelques jours en février/mars, afin de recevoir le « transfert » des embryons, en toute tranquillité.

Quelques jours plus tard, il m’a rappelée dans son bureau, a refermé la porte violemment et m’a sorti en hurlant que MON DÉSIR D’ENFANT LUI A COÛTÉ MILLE EUROS (prix du graphiste incompétent qu’il a engagé pour une journée…). Ça m’a fait chier d’entendre ce genre de débilité, de non-sens total… (Je ne voulais pas pleurer devant lui, ce fut TRÈS dur mais j’ai réussi à retenir mes larmes, et sachez, lectrices et lecteurs, qu’en protocole FIV, bourrée d’hormones, c’est un exploit….). Il a continué en expliquant qu’il va parler au comptable, à propos d’un licenciement à l’amiable (on y vient !), vu qu’il n’y a plus trop de boulot, vu qu’on arrive à un moment où il ne sait plus quoi me donner comme taf…

Plus tard encore, mon boss m’a fait une scène à propos de mes prochains congés (demandés et accordés) !!! Une VRAIE scène ! Avec hurlements et tout et tout ! Il a remis sur le tapis que je les ai foutus dans une MERDE NOIRE. Je lui rigole au nez, lui expliquant que ce sont des choses que l’on ne dit pas à une employée, tout comme « votre désir d’enfant m’a coûté mille euros ». Il hurle que je joue la victime, et ironise que c’est lui le salaud dans l’histoire, qu’il n’est qu’un pauvre couillon qui n’a qu’à accepter mes congés… Je lui reparle de sa proposition de licenciement à l’amiable, car il n’a plus de boulot à me donner. Je suis donc indispensable, mais pas tous les jours. Étant la seule graphiste, je ne peux donc pas poser congés. Et concernant la merde noire, il s’agissait d’un arrêt MALADIE. Et là, il s’est emballé : « ooooOOOOOoooh pov chérie, pov’ chérie à sa maman….. !!!! Vous êtes vraiiiiiiment à plaindre… !!! Mais c’est vooooous qui vous rendez malade ! Voooooous avez décidé de faire un enfant, et ça vous rend malade ! Donc vous vous êtes mise en arrêt maladie ! » (Arggggllll… ne PAS pleurer… ne PAS lui faire cette joie… serrer les dents… focaliser sur le conflit en cours…)
J’ai réussi à continuer, argumentant qu’il parle de ma vie privée, que mes 52 jours de congés sont présents sur ma fiche de paie et que j’ai le droit de les prendre. Il a donc joué le bon patriarche, m’expliquant que, dorénavant, c’est lui qui m’indiquera quand je pourrai éventuellement poser congés, qu’il va parler au comptable de mon licenciement (c’était pas déjà fait ?) et que « parce que vous voulez des enfants, j’ai qu’à accepter tout et n’importe quoi. » (Encore une fois, il jugeait de ma vie privée). Il m’a finalement traitée d’abrutie complète car j’ai osé lui expliquer que prendre un free-lance pour me remplacer durant mes congés était une bonne idée, tout comme engager un commercial afin de trouver de nouveaux clients.

Voilà !

Je n’ai, pour le moment rien reçu de la part de mon patron (aucune proposition de licenciement à l’amiable ou économique.) Il ne m’en a même pas reparlé, depuis ses délires colériques !
Par contre j’ai eu mes congés demandés initialement ! Il a plié !
À partir de janvier dernier, j’ai eu la présence d’esprit d’appeler l’inspection du travail et d’aller voir un syndicat (pour ma part, la CGT, et son conseil juridique qui m’a super bien aidée) dès que ça commençait à « chauffer »… Il faut absolument le faire : leur expliquer que vous n’avez RIEN fait de mal ! J’ai la chance d’être entourée de mon compagnon, et d’amis plus que compréhensifs. Ils sont TOUS derrière moi, à m’aider et à me soutenir. Je n’imagine pas vivre ce genre de truc toute seule.

Pour la petite histoire : je suis enceinte… de jumeaux. Eh oui ! La grossesse gémellaire est une grossesse à risque, donc forcément plus suivie qu’une autre. Je suis donc arrêtée depuis un mois, et pour encore un mois. Mon patron est ravi !!!!…. Ne jamais se laisser démonter par son boss. Il n’a pas TOUS les droits. Il n’a pas non plus FORCÉMENT raison. Il s’agit de vous, en priorité.

 

Un truc encore : un parcours PMA est déjà assez rude, sans avoir encore à subir du stress venant d’ailleurs ! Ne vous laissez pas emmerder par des cons.

 

 

Illustration par Emilie Pinsan

2017-03-01T15:25:08+00:00

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