UNE HISTOIRE DE CHOIX, MA VASECTOMIE

////UNE HISTOIRE DE CHOIX, MA VASECTOMIE

UNE HISTOIRE DE CHOIX, MA VASECTOMIE

Du plus loin que je me souvienne, je n’ai jamais voulu d’enfant.

Énumérer les raisons serait bien trop long et ennuyeux, mais jamais je n’ai eu ce que certains appellent « la fibre parentale ». Au fil des ans, lorsque j’évoquais le sujet, mes divers interlocuteurs me répondaient inlassablement : « tu es encore jeune » « tu changeras d’avis », et la discussion tournait au vinaigre dès que j’abordais mon envie de stérilisation : « c’est radical » « c’est violent » et l’incontournable : « tu le regretteras ». Comme si le non-désir d’enfant avait un lien évident avec l’immaturité, voire l’oisiveté.

Au fur et à mesure de ces échanges, mes interrogations sur la vasectomie se faisaient plus précises. Était-elle envisageable sans avoir eu d’enfant ? Avant un certain âge ? Comment cela me couterait-il ? Mais, certainement par pure fainéantise, je ne faisais pas de recherches sur le sujet.

Et voilà qu’Estelle débarque dans ma vie. Elle aime sans distinction de genre et n’a pas eu à se poser de questions sur la contraception ces dernières années. La discussion est lancée, personne n’est favorable à la pilule, mais nous décidons que, pour l’instant, cela sera plus simple.

Une paire d’année plus tard, Estelle, à juste titre, se dit qu’il serait grandement temps d’arrêter les hormones et choisis de se faire poser un stérilet. Elle m’apprendra que c’est sacrement douloureux, pas seulement à la pose. Les mois qui suivirent furent parfois compliqué : douleurs, cycle chamboulé…

Et c’est un matin que la discussion sur la vasectomie revient : Estelle ne veut pas plus d’enfants que moi et doit prochainement faire changer son stérilet. Je lui dis que je pourrais peut-être prendre en charge notre contraception. S’en suit une discussion entre adultes comme j’en ai peu eues dans ma vie. À cette époque, Estelle a 29 ans et moi 36.

Il était donc temps de répondre à ces fameuses questions et l’exaltation monte au fur et à mesure que je découvre les divers textes de lois : l’opération est prise en charge par la sécurité sociale, il n’y a pas de limite d’âge ou d’objection si la personne n’a pas procréé.

J’ouvre le bottin, choisis un urologue au hasard et prends rendez-vous dans la foulée. Estelle m’accompagne et nous voilà dans le bureau du jovial Dr D. Nous lui exposons notre décision, à laquelle il répond instantanément : « moi je le fais, je vais juste regarder si c’est légalement possible ; je soutiens votre démarche mais je dois m’assurer que vous ne vous retournerez pas contre moi plus tard ». J’avais envisagé d’argumenter mon choix mais pas de rassurer le médecin contre d’éventuelles poursuites : 

– Je suis suivi par une psy depuis des années, elle pourra vous assurer que ma démarche est murement réfléchie.
– Je vous conseillerai éventuellement une conservation, la vasectomie est réversible à moins de 50% donc ne comptez pas dessus.

Nous voilà partis pour la fameuse période de quatre mois de réflexion. C’etait certes tout vu pour moi mais j’allais pouvoir confronter ma décision avec mes proches, ma psy et au Cecos (Centre d’étude et de conservation des œufs et du sperme humains), que je contacte, afin de me renseigner sur la conservation. Je ne veux pas d’enfants mais si je peux rendre service à celles et ceux qui en veulent, pourquoi pas. Peut-être aurais-je dû éviter de mentionner que c’était pour un projet de vasectomie… Une voix sèche et expéditive me dit : « pour une conservation c’est 200€ puis 50€ par an. » Je n’ai pas eu le temps de parler de don, je suis séché sur place. Bon ben… ni don ni conservation, donc. Je me sentais d’autant plus en accord avec moi-même : après tout, conserver mon sperme au frigo alors que j’étais sur le point de me faire stériliser me semblait de plus en plus absurde.

En me tendant sa lettre de recommandation, m’a psy me demanda si j’avais fait une conservation. Je répondis que non, me préparant à un sermon sur une ultime échappatoire… « Je ne vous aurais pas remis ma recommandation si vous l’aviez fait, ça aurait mis en doute votre détermination ». Je vous aime, docteure !

À l’unanimité, mes proches m’assurèrent de leurs confiance et soutien, non que cela soit déterminant mais c’est aussi dans ces situations que l’on reconnait les siens.

Fin du délai de réflexion, me revoilà dans le bureau du docteur D, nous parlons musique et des Franck & Walters ! Il me dit : « ok je vous opère début juillet ». Je lui dis que, dans le doute, peut-être devrait-on vérifier ma fertilité…Il acquiesca en précisant que mon cas n’était pas courant pour lui.

Je vous avoue que la collecte du précieux liquide fut un moment particulièrement fun à deux, Estelle et moi avons joint l’utile à l’agréable, merveilleusement. J’étais fertile, donc apte à me faire opérer. 

Par un beau matin de juillet, Estelle et moi nous sommes donc rendus à la clinique. Entré au bloc à 9h du matin et me suis réveillé de l’anesthésie générale avec l’impression d’avoir dormi cinq minutes seulement (une heure et demi, si ma mémoire est bonne). Estelle était là, elle souriait, je fus pris d’une bouffée d’euphorie de quelques secondes et me suis rendormi aussi sec pour me réveiller pour de bon une heure plus tard.  On nous fit patienter un peu et signer les papiers de sortie.

Sur le chemin du retour, mon entrejambe etait sensible mais on ne peut vraiment pas parler de douleur. Dr D m’avais conseillé de me reposer, ce que je fis tout le reste de la journée.

En quelques jours je ne sentais plus rien, le surlendemain nous reprenions nos activités intimes…Bref tout etait revenu à la normale. Il ne restait plus qu’à refaire un spermogramme (le terme technique du test de fertilité) deux mois après l’opération. Estelle étant absente, je dûs y aller tout seul et ce fut bien moins rigolo !

Verdict : je suis passé de 8 000 000 de spermatozoïde par centilitre à 6 ! Clairement, la vasectomie avait été efficace.

On me demande de temps en temps des informations ou de précisions sur la vasectomie, j’y réponds autant que je peux et je n’encourage personne dans un sens ni dans l’autre, mais, deux ans et demi plus tard, je ne regrette absolument pas mon choix, je n’ai aucune gène, douleur ou autre désagrément. Estelle et moi sommes toujours heureux et profitons pleinement des bénéfices de cette aventure. Fini le stérilet, la pilule ou le préservatif.

Grégoire

2018-02-22T17:34:20+00:00

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