DU BROUILLARD DANS MA TÊTE

////DU BROUILLARD DANS MA TÊTE

DU BROUILLARD DANS MA TÊTE

J’ai mis trois ans. Trois ans pour mettre les mots là-dessus et finir par écrire sur un sujet toujours (beaucoup trop) d’actualité. Celui du viol ordinaire.

J’ai commencé à comprendre que quelque chose n’allait pas quand j’ai eu des difficultés dans mes relations personnelles et amoureuses. « Soudainement » des gestes, des caresses, voire des relations (tous ce qui me paraissait trop tactile, trop de proximité, trop intrusif) me sont devenues pesantes. J’ai essayé de pas trop le montrer parce que, de nature, j’ai tendance à être pudique, à ne pas montrer ce qui ne va pas. Et puis, je ne comprenais pas trop ce qu’il se passait, habituellement je suis plutôt tactile, j’adore la proximité que ce soit avec des ami.Es, amant.Es, ami.Es/amant.Es. Je n’ai pas compris tout de suite pourquoi je me braquais autant et puis (plus tard) j’ai fait le lien…

C’était grâce à toi, on était « ensemble », dans une relation « libre », à cette époque je venais de vivre une sorte de rupture amicale avec ma moitié, celle avec qui je partageais tout mon temps, qui s’était mise en couple avec un mec qui lui ne partageait pas beaucoup, alors je me suis lancée dans un relation comme pour combler un vide. Et donc, au début, quand je me suis forcée (en fait quand tu m’as forcée), j’ai cru que « ce qu’il n’allait pas chez moi » c’était simplement que je me sentais seule, puisque « séparée » de ma moitié et que je n’avais plus d’envie parce que j’étais triste et incapable de définir cette tristesse, j’étais simplement sortie d’une relation fusionnelle avec une amie, le problème ne pouvait donc pas venir de toi.

TW : Viol.
En fait si, aujourd’hui cette scène où tu me mets la pression parce que je recule, je mets ma main, je retire ton visage de mon entrejambe pour que tu arrête, à plusieurs reprises, reste en permanence dans ma tête.
Puis tu t’emballes, tu me dit que je te donne l’impression que tu me dégoûtes, tu te vexes, puis je cède, je te laisse faire (même si je recule toujours un peu plus pour t’éloigner de moi) mais ça me dégoûte (tu  ne t’étais pas trompé, en fait), j’ai l’impression que ça dure des heures. Tu penses peut-être que parce que je couche avec des personnes de genres pluriels, j’attends que ça que tu me fasses un cuni, qu’il y a pas de raison que je n’aie pas envie de ça, c’est forcement mon truc, mais à ce moment-là, je n’avais pas envie de toi. Toi tu as continué ardemment, pour toi c’était comme un concours, peut-être pour me montrer que toi aussi tu sais faire des cunnis ? Qui sait… En tout cas, tu avais l’air d’adorer ça, alors que pour moi, c’était pénible. Je me souviens principalement de ça : un moment pénible, une sensation de dégoût… c’est tout simplement comme ça que je définirais ce moment. J’ai oublié tous les autres moments où on faisait l’amour, pour me souvenir uniquement de celui-ci. J’aurais préféré que ma mémoire l’efface et garde tous les autres, mais ce n’est pas le cas.

Il y a deux en environ, je retombe sur la brochure « Combien de fois 4 ans ». Ça me parle, ça me met mal à l’aise au début, je me dit que ça m’est peut être arrivé à « moi aussi » un truc comme ça. J’oublie. Puis j’y repense, ensuite, quand je suis entrain de faire l’amour avec une amie, ses gestes tout d’un coup, et sans raison deviennent flippants pour moi, je sens qu’elle à envie de moi, vraiment, de me lécher, et tout d’un coup, ça me dégoûte. Enfin ! Mais pourquoi !? Je ne comprends pas, ce n’est pas ma première relation lesbienne, cette fille est chouette, elle me plait, physiquement, intellectuellement… en plus c’est une nana hyper attentive, déconstruite, douce, tout ça… je comprends pas ! Avec mon ex, je n’ai pas ressenti ça, elle était chouette elle-aussi. Peut-être plus timide alors ça m’a fait moins peur ?

Le problème, ce n’était pas elle, de toutes façons, c’est juste que ça m’a fait repenser à toi. En fait, j’ai juste ressenti quelle avait très envie et j’ai directement fait le lien avec toi, tu en avais très envie et je n’ai pas su refuser ; ensuite, parce que tu m’avais mis la pression. Alors, avec elle, j’ai dit non tout de suite, elle a compris, je lui ai dit que ses gestes me faisaient repenser à d’autres, que j’avais mal vécus, même le fait de me caresser les bras ensuite, ça ne me le faisait pas. Elle m’a écouté, elle n’a rien dit. On s’est couchées, et je lui ai dit que je lui en reparlerai ensuite. Je lui en ai reparlé vaguement, elle a entendu. J’ai su mettre des mots là-dessus seulement deux en plus tard. Merci à elle, d’avoir été cette oreille attentive et patiente.

Mais je suis en colère, pour ielle(s), pour moi, pour toustes les personnes avec qui je relationne(rai) et qui devrons être attentif.ves quand ton spectre reviendra à la surface. Alors que ces personnes-là n’ont rien fait et que je me bloquerai. Je t’en veux pour ça, mais c’est aussi ce qui m’a permis de comprendre en quoi ce que j’ai vécu était une agression sexuelle, à  cause des cicatrices, des craintes et des souvenirs que ça a laissé.

Il y a quelques jours, le planning familial à publié une vidéo sur le viol conjugal : « je suis ordinaire ». En voyant cette vidéo, j’y ai retrouvé ce qui s’était passé entre nous. Un peu plus tôt, j’ai aussi appris qu’une personne de mon entourage avait vécu la même chose. J’ai aussi lu que 30% des viols étaient des viols conjugaux. J’ai pu lire aussi des témoignages sur Polyvalence comme « À demi »… Tout ça m’a pas mal marquée.

J’ai lu dans un bouquin manarchiste que le viol ordinaire c’est moins grave parce que l’intention du mec c’est quand même de donner du plaisir… La blague ! Ne pas écouter les limites du consentement de l’autre même en plein ébats c’est tout aussi grave, ça me rappelle combien les mecs sont portés sur le propre plaisir et que l’objectivation du corps comme un simple instrument de plaisir à encore de beaux jours devant elle.

Le viol ordinaire a certainement quelque chose de plus sournois parce qu’il se passe dans la chambre à coucher et relève de l’intime, parce que quand on relationne avec quelqu’un.E, on donne forcement son accord pour avoir des relations sexuelles avec cette personne (peu importe le moment ou les envies). Parce qu’à partir du moment où n’en parle pas, et que les violences ne sont pas visibles, rien ne s’est vraiment passé.

Alors, merci, à toutes les personnes qui ont écrit, partagé sur le sujet, à toutes celles qui luttent au quotidien contre les violences de genre, les violence sexistes (et contre toutes les oppressions). Parce que mettre des mots sur une situation, sur une oppression n’efface en rien la violence de ce qui est vécu mais permet toujours un peu plus d’effacer le brouillard qu’il y a dans nos têtes.

A.

 

 

Illustration par Alraun
https://www.facebook.com/alraunillustrations

2018-06-10T12:14:28+00:00

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