OUVERTURE FORCÉE

OUVERTURE FORCÉE

Je n’ai jamais réussi à en parler à quelqu’un. Je n’ai personne à qui en parler.

 J’étais au lycée, en 1re, j’avais donc 16 ans, c’était il y a quatre ans. J’étais loin d’être une ado très populaire, j’avais très peu d’amis, je sortais très peu en dehors du lycée. Tout ce que je voulais c’était avoir une bande d’amis, de passer des aprèms avec eux, de sentir qu’on s’intéressait à moi.

 Et puis un jour, pendant une pause, un garçon s’intéresse à moi, c’est ce que j’espérais depuis toujours. On discutait, il est assez tactile, il me faisait rire. Il me propose de venir chez lui quelques jours plus tard. J’accepte. Je ne crois pas que j’étais vraiment très intéressée mais j’avais jamais eu de petit ami ou la moindre expérience, et je me sentais mal par rapport à ça. J’arrive chez lui et on monte dans sa chambre. J’étais assez timide alors je n’osais pas trop me rapprocher de lui. Il me met en confiance, il me fait m’asseoir sur ses genoux puis essaye de m’embrasser. Plusieurs fois. Mais je n’en avais pas vraiment envie. Je commence à me sentir mal à l’aise, perdue. Il essaye de comprendre. Je voulais partir, lui dire ce qui n’allait pas par SMS. Puis au bout de plusieurs essais il a mis un mot sur mon malaise. « T’es lesbienne c’est ça ? » Je n’en avais jamais parlé à personne, je n’étais pas sûre de moi, en plein questionnement et découverte de mes désirs. Il me prend dans ses bras et je me calme. Ensuite je ne me souviens plus très bien, on finit par s’embrasser, je n’aimais pas vraiment ça mais j’aimais bien être dans ses bras j’avais besoin d’affection, d’être entourée. On finit par s’allonger dans son lit. J’avais envie d’être « normale ». J’avais déjà assez de mal à me faire des amis, je ne me sentais pas très bien dans ma peau pour plusieurs raisons alors si je pouvais éviter d’être lesbienne, c’était mieux. Je l’ai un peu laissé m’embrasser et me toucher mais je n’aimais pas vraiment ça. Je pensais que c’était parce que c’était la première fois, que je n’étais pas amoureuse. J’essaye de l’en empêcher, mais il continue, sans aller trop loin. Quand il s’arrêtait un peu j’étais bien dans ses bras, j’avais besoin d’affection. J’étais incapable de partir, de mettre fin à ce moment. Il me dit qu’il a envie de moi, qu’il est « tout dur », me dit de toucher, je n’ai pas envie, il n’insiste pas. Il soulève mon t-shirt, il s’approche de ma poitrine, il me fait mal, je me sens mal.

 Je ne sais pas vraiment combien de temps ça a duré, sûrement 2-3 heures. Je finis par lui dire qu’il se fait tard, que je dois rentrer. « Ça passe vite quand on s’amuse hein ? »

 Sur le chemin du retour, je lui demande par SMS de ne pas parler de ce qu’il s’est passé entre nous au lycée. Il ne l’a pas fait.

 Les semaines qui suivent, tout ce qui me fait penser à lui me fait me sentir mal. Son odeur sur mes vêtements, quand je le croise au lycée j’ai honte, j’ai mal à la poitrine, j’ai même une petite cicatrice, les suçons sur ma mâchoire mettent du temps à partir. Puis je finis par passer à autre chose, il n’est pas allé « au bout » et heureusement, alors je ne prends pas conscience de ce qu’il s’est passé. J’ai mis plusieurs années à comprendre ce qu’il s’était passé, en me sensibilisant au féminisme, aux violences que subissent les femmes, et quand une amie m’a dit qu’elle avait failli être agressée sexuellement par le même mec, alors j’ai réalisé. J’ai réalisé qu’il avait profité de moi, à un moment où j’étais extrêmement vulnérable, ou j’avais besoin d’être rassurée. J’ai compris que ce n’était pas de ma faute, que je ne dois pas minimiser cette agression. J’étais terrifiée par mon orientation sexuelle, et lui tout ce qui l’intéressait c’était de tirer un coup.

 J’ai peur qu’il s’en soit pris et qu’il s’en prenne à d’autres filles, mais je ne peux rien faire.

 Je n’arrive pas à le sortir de ma tête. Il revient sans cesse, dès que je pense à quelque chose qui a un point commun avec lui, avec ce qui s’est passé. Et ça me bouffe. Et j’aimerais tellement en parler à quelqu’un, mais je ne sais pas comment, ni à qui. Alors j’espère que ce témoignage me permettra de me soulager un peu et que j’arriverai, à terme, à le ranger dans un coin de mon cerveau et à arrêter d’y penser sans que je le veuille.

 

Mélanie

Illustration par Daria.

Illustration par Daria.

2016-03-20T23:12:58+00:00

Un commentaire

  1. Touliette 20 juillet 2015 at 13 h 34 min - Reply

    J’ai vécu exactement la même chose. Et j’ai aussi réalisé des années plus tard.

    Mais j’en ai quand même un souvenir cocasse au delà du dégoût que ce souvenir m’inspire. Pour moi c’était avant tout une exéprience foireuse. Je ne veux pas me laisser impressionner d’avantage juste parce que c’était un viol.

    C’est malheureux de l’avoir vécu, c’est malheureux que ça nous soit arrivé, c’est malheureux de faire partie d’une génération qui a commencé sa vie avec ce bagage culpabilisant/trompeur du flou. Du coup, on a découvert à nos dépends nos limites, aussi. C’est triste que ça se soit passé comme ça, mais je vois le verre à moitié plaint : ça ne m’arrivera pas deux fois ! La douleur a révélé la valeur de nos propres volontés à la place d’une meilleur prévention plus bienveillante à notre égard. ça ne peut pas faire plaisir. Par contre on peut rire de soit, et surtout des mecs qui gardent la face alors qu’ils sont si minables dans leurs intentions. Ils sont trop excusés, mais ils n’ont pas été prévenus non plus dans la grande majorité des cas, quand ça se passe comme pour nous.

    Est-ce que j’inspire vraiment plus de pitié qu’un type qui s’est pris pour un gosse-beau alors qu’il a du me CONVAINCRE de toucher sa bite ? Hahahahahahahahahaha. Non. De mon côté j’ai cru que j’allais échapper à un viol en cédant, en me faisant croire que j’allais maîtriser la situation comme ça. Au final ça m’a quand même dégoûtée et je me suis sentie mal longtemps. Perdu, dommage… Mais j’emmerde l’injonction de certaines féministes à me sentir encore plus mal juste parce que j’ai mis un mot qui fait bien plus peur dessus.

Laisser un commentaire

Accessibilité