UN AN DE L’ENFER À LA GUÉRISON

////UN AN DE L’ENFER À LA GUÉRISON

UN AN DE L’ENFER À LA GUÉRISON

Une fête de famille. Des anniversaires. J’ai 30 ans aujourd’hui.

Un grand père en fauteuil. Aux mains baladeuses. Très. Trop. Qui passent sous ma jupe et remontent rapidement. Sans attendre que j’ai le temps de réagir. Hop. C’est trop tard. Quand même, je retire la main. Je m’éloigne. J’en parle. On est en famille, je ne comprends pas. Des cousins choqués, une tante se confie. Il est malade. Il a déjà fait ça. Il a fait pire. De la parole. De l’écoute. De l’indignation. De la colère aussi. Du soutien. Du rejet. Une tante jalouse. Une transmutation de son statut de victime en une situation d’être choisie, privilégiée. Une vie brisée. La sienne. Du reproche. Pour moi. D’avoir été privilégiée à sa place. À tort. Je ne suis pas privilégiée. De la distance. Un an sans parole.

 Ses fils choqués. Plus que ses filles d’ailleurs. Étrange. Mais néanmoins le désir d’être là pour cette vieille personne malade. Un noël passé sans mon père. Il a préféré le passer avec son père. L’agresseur.

Un homme, une femme. Une relation, beaucoup de bas, quelques hauts…

De la souffrance, des cris, des différents, des différences. Sa soeur qui m’insulte. Je n’ai pas répondu au téléphone. Je dormais. Il prend sa défense. Je reste.

Des séparations, des réconciliations, des séparations, encore.

Une ultime bravade à l’échec et me voilà qui dors chez lui, un soir de Toussaint.

Un foetus en apparition, comme pour me faire un pied de nez et me rappeler que je n’étais pas protégée.

Une tension trop basse, des nausées, des fringales, des odeurs insupportables.

Une réaction de rejet. Des interrogations. Des recherches. Puis-je tout assumer seule? Un choix. Définitif.

Un sentiment d’abandon et de solitude. De culpabilité aussi. C’est ma deuxième fois, faut dire. Et puis, j’ai 30 ans. Et depuis la première fois, j’ai toujours voulu des enfants.

Toujours faible. Une tension basse. Me voilà qui redors chez lui, un soir où je n’ai pas pu rentrer chez moi. Un mois après.  Il travaille et vit sur mon lieu de travail. Après un an de relation, même avec des hauts et des bas, pourquoi douter ? Je n’ai pas peur.

Très faible. Il a envie. Moi non. Je résiste. Longtemps. Deux heures. Puis abandonne. Trop faible. Des pleurs. Pendant. Après. Il est content. Il est apaisé. Il a fait ce qu’il voulait. Faisant fi de mon refus.

Une psychanaliste. De la parole. Du temps. Deux mois. Les mots sont posés. C’est un viol. Acquiescement.

Un mercredi en partant du travail. Il fait beau. Tant de colère. Un demi tour. Une confrontation. Une restitution des événements, dans l’ordre chronologique, et puis l’acceptation de ce qui a été fait « C’est vrai. Ce que j’ai fait est un viol ». Merci. Merci de l’avoir reconnu.

Une demande. De mutation. Pour lui. Pour ne plus le voir tous les jours. Il a dit oui. Mais ne part pas.

De la parole. À quelques collègues. Le sentiment de ne pas être crue. Passer outre.

De la souffrance. N’ai plus envie de travailler. Pas là-bas. Me sens coincée.

Le sentiment qu’une plainte ne va pas m’aider. Une parole contre une autre. Un viol conjugal. Que la reconnaissance de l’acte suffit à apaiser la douleur, l’indignation. Des excuses trouvées pour lui pardonner. Pour accepter plus facilement peut être. Je ne sais pas.

Du militantisme. C’esr nouveau ça. Beaucoup. Tous les soirs. Pendant des mois. Pour oublier. Ne pas être seule. De l’alcool. Beaucoup. Pour oublier. Ne pas être seule. De la colère. Du mal-être. De la tristesse. De l’indignation. Contre tout.

Une rencontre. De celle qu’on oublie pas. Une nuit à discuter. Une histoire partagée. Pas de gêne. De la compréhension. Un rendez-vous. Un baiser. Une nuit. Une relation.

Des vacances programmées. La sensation qu’on m’en demande trop. La conviction que le garçon est très bien. Mais que tout va trop vite. Un mot lâché. « Je t’aime ». je réponds. Sans y croire. Il est bien quand même.

Des tensions. Des situations, des comportements qui me ramènent au précédent. Qui me font peur. Douter. Je veux arrêter. Il résiste. Bénéfice du doute.

De l’incompréhension. Il n’est pas le violeur. Il n’a rien en commun avec lui. Pourquoi je ne le comprends pas ? Pourquoi je ne lui fais pas confiance ? Je ne peux pas. Je n’y peux rien. Je me fais violence. Ce n’est pas sa faute après tout. Il a l’air si bien.

Une dispute. Encore une fois. Un comportement qui me rappelle autre chose. Vécu avec le précédent. Son amie insulte un ami. Il prend sa défense. Etrange réminiscence d’une situation déjà vécue.

Un départ en vacances. Des disputes. Nombreuses. Fortes. Fatiguantes. De celles qui abîment. Qui cassent la confiance. La confiance est brisée. Il a dit « je t’aime » trop vite. Il n’aurait pas dû.

Entre temps. De l’amour. De la confiance est apparue. Trop tard.

Des pleurs. Des retrouvailles. Des tentatives infinies pour changer. Pour guérir. Évacuer la colère, évacuer la douleur, évacuer la peur. Trop de changements à opérer trop vite. Peur de le perdre.

Du stress. Lié au travail. Il est dur ce travail. Beau et difficile. Avec beaucoup de violence. Surtout cette année. Et cette sensation d’être mal dès que je sens que j’en approche qui ne s’estompe pas. En vrac tous les matins. La première personne que je vois, c’est lui. L’agresseur. Tous les matins. Son bureau est à l’entrée du personnel. Tous les matins les entrailles qui se serrent.

Une demande de départ. Un espoir déçu. Le copain pensait que ma tension allait s’apaiser. Ce n’est pas le cas. Je souffre au travail. Je ne supporte plus ce travail. Sa violence. Il ne comprend pas. Je me sens coincée. Je culpabilise. Si je pars. Où dois-je aller ? En province ? Je déteste cette ville car c’est ici que ça m’est arrivé. Mais partir ? Aller où ? Avec qui ? Seule ? Recommencer ? Je n’ai pas envie. Et puis ce sentiment qu’il est hors de question que je parte. C’est à lui, à l’agresseur de partir.

Une séparation. Il n’y arrive pas. Trop de colère. La conviction qu’on n’a rien à partager, à faire ensemble. La mienne du contraire. La prise de conscience que ça ne va pas marcher. Je n’ai pas le temps. Les changements doivent être rapides. C’est trop difficile. Je n’y parviens pas. Et puis, cette absence de dialogue sur ce qui m’est arrivé. J’ai besoin d’en parler. À lui. Avec lui.

Cette sensation de ne pas être à la hauteur. De tout mal faire. De ne pas réussir à être la femme que je suis. À chasser la colère. À débrancher.

Un dernier essai. Un départ en week end. J’ai 31 ans. Je veux être loin de la France. Loin de mes souvenirs vieux d’un an. Un anniversaire trop arrosé. Des pleurs. Les mots qui sortent. Réaliser que notre histoire est vouée à l’échec. Trop de pression sur les épaules. Trop d’attentes. La conviction que les changements s’opèrent sur le temps long, pas en q
uelques semaines.

Noël. Besoin d’être rassurée. Refus. C’est terminé. Six jours sans nouvelles. Des fêtes gâchées.

Le refus, à nouveau, de prendre part à la mascarade familiale de Noël. Mon père est resté cette fois.

J’ai revu mon grand père. Il est âgé. S’est toujours bien occupé de nous. A voulu m’embrasser. Impssible. Mal à l’aise. Sans doute la dernière fois que je le verrais. Le pardon n’est pas  possible. La colère toujours présente. Décuplée, sans doute par les autres événements.

Des tentatives de prise de contact. La volonté de garder l’ex-copain dans ma vie. L’idée que si je guéris, il me verra peut être de nouveau comme la première fois. Impossible dialogue. Impossible communication. Pas faute d’essayer. Accepte l’idée d’une possible amitié. Refuse de me voir.

Déprimée. Malheureuse.

Une rupture qui déclenche ce qui ne s’est pas manifesté un an plus tôt. La colère, la prise de conscience d’être une victime. La prise de conscience que je ne suis pas coupable. Que j’ai un problème à régler et que j’ai besoin de temps. En parler. Plus facilement. Cesser de faire comme si la vie pouvait continuer comme si de rien était. Dépression. Violente. Insomnies. Cauchemars. Entre temps. Le 7 janvier. Les élèves à gérer. Prof d’Histoire-géo-Education civique en banlieue, des fois, ça craint. Je craque. Complètement. J’en parle à une copine à lui. Il me manque. J’ai besoin d’aide. Je coule. Me sens seule, faible et perdue. Il le prend tellement mal. Elle a vécu tant de choses difficiles. Je suis irresponsable de la solliciter. Et tellement égoïste. Peut être. J’ai mal. J’ai aussi vécu des choses difficiles. Pourquoi mes souffrances sont-elles minorées ? Pourquoi lui est-il si difficile de me prendre au sérieux ?

Refuse  tout contact. Ne me parle plus. Plus un mot, pas un bonjour rien. Paria. Je suis une paria. Il est militant. Il faut aider la planète entière. Ma souffrance ne compte pas. Dois-je la dissimuler ? Faire comme si de rien était encore une fois ? Non.

Termine par me traiter d’égoïste, de distiller mon mal-être dans mon entourage. Peut-être le suis-je. Ou peut être suis-je en train de me battre pour respirer à nouveau, guérir et me reconstruire. En utilisant des armes peut-être mauvaises, mais les seules en ma possession.

Aujourd’hui, j’ai 31 ans. J’ai demandé ma mutation pour partir loin de l’agresseur. Depuis, je ne me sens plus coincée. L’ex ne parle toujours pas. Je suis responsable de son mal-être. Agréable culpabilisation. Dire, parler, écrire me font avancer et aller mieux. Le chemin est long avant la guérison. Mais j’avance. Je respire. Je dors mieux. La plupart du temps. Je pleure moins. La plupart du temps. Je suis plus zen et moins en colère. J’ai accepté l’idée de ne pas avoir d’enfant, ou du moins que ce n’était pas une priorité. Et je parle. Parce que j’ai enfin compris que j’en ai besoin et que ce n’est pas égoïste. Ça ne doit pas mettre mal à l’aise.  C’est peut être ce qui va me sauver. Je commence à respirer. Enfin.

Julie M.

Illustration par Daria.

Illustration par Daria.

2016-03-26T18:48:10+00:00

Laisser un commentaire

Accessibilité