UN VRAI PRINCE CHARMANT

////UN VRAI PRINCE CHARMANT

UN VRAI PRINCE CHARMANT

C’était au nouvel an 2007, j’avais tout juste 22 ans. J’étais féminine et bien dans ma peau, créative, sociable, un caractère bien trempé mais malheureuse dans mon couple. J’étais avec un garçon depuis deux ans, l’histoire touchait à sa fin pour diverses raisons. Tu as dû sentir ma faiblesse à ce moment, tu as alors ciblé ta nouvelle proie. Nous nous sommes rapprochés au cours de la soirée, tu étais drôle et je t’ai trouvé tellement séduisant. Si à ce moment là j’avais su que tu volerais sept années de ma jeunesse, je me serais enfuie de toi le plus loin possible.

Quelques jours après, nous nous sommes retrouvés juste pour un café, finalement nous avons passé toute la journée ensemble. Je me suis sentie bien avec toi, à tes yeux j’étais une femme merveilleuse. Et lorsque nous nous sommes embrassés, je suis tout de suite tombée amoureuse.

Tu m’as fait de beaux discours sur les relations, sur ton honnêteté, sur ton travail. Un vrai prince charmant, tu m’as fait croire que j’avais toutes les raisons du monde de craquer pour toi.

Si j’avais su que tout cela n’était qu’une façade, le début d’une manipulation pour profiter de moi, je me serais enfuie de toi le plus loin possible.

Nous avons été invités chez une de mes amies dans la semaine qui a suivie. Nous sommes restés dormir chez elle et là tu m’as prise sans préservatif car c’était « trop petit pour toi ». Malgré mon insistance, tu n’as pas voulu en utiliser alors que j’en avais sur moi. J’étais un peu éméchée, j’aurai du réagir, ne pas céder, mais je t’aimais déjà trop pour refuser.

Au bout d’un mois à peine tu m’as dit que ton colocataire voulait te mettre dehors alors je t’ai proposé d’emménager chez moi. C’était pas loin de ton travail.

Au début tu faisais le ménage, les courses, tu prenais soin de moi. Plein de petites attentions agréables, je me sentais bien avec toi. Tu as très vite parlé mariage, j’étais ta « petite princesse » et tu souhaitais me rendre heureuse.

Je travaillais à domicile, j’avais la chance de vivre de ma passion.

Un jour tu es rentré en pleine journée, tu avais frappé dans un mur et t’étais ouvert la main sous la colère. Car ta mère t’avais appelé au travail, elle t’avait retrouvé. Je t’ai donc accompagné à l’hôpital, j’ai pris soin de toi du mieux que je pouvais.

Tu m’as alors confié ton passé : un beau père abusif et violent, une petite sœur décédée d’un cancer, tu avais coupé les ponts avec ta famille. J’ai partagé ta peine et j’étais toujours là pour endurer tes colères ainsi que tes migraines insoutenables. Tu avais constamment besoin de moi. J’ai alors commencé à annuler mes soirées avec mes amis et à moins voir ma famille. De toute façon tu trouvais mes amis inintéressants.

Ensuite tu te rattrapais lorsque tu allais mieux, tu couvrais ta petite princesse de cadeaux. Tu me disais que tu m’aimais, que l’on passerait toute notre vie ensemble et que nous serions heureux.

Un autre jour, tu es rentré du travail et tu ne m’as pas adressé la parole. Tu m’as snobée toute la soirée, je ne comprenais pas ce que j’avais fait de mal pour mériter cela. Tu es ressorti, me laissant là seule à me demander où tu allais, si tu reviendrais. Puis tu es rentré, j’ai insisté pour savoir ce qui n’allait pas, la sentence est tombée : ce qui n’allait pas, c’était tout simplement mon passé. Tu avais réalisé qu’avant toi, j’avais déjà eu une vie. Oui, avant je sortais dans le milieu libertin et j’avais posé nue pour plusieurs photographes, j’aimais aussi bien les femmes que les hommes, tout ça je ne te l’ai jamais caché. Tu as alors commencé me faire culpabiliser de ce que j’étais, ce qui m’avait construite. J’en arrivais à me dégoûter de mon propre corps car je n’étais plus assez pure pour que tu me fasses l’amour.

J’ai subi tes coups de colère, les soirées où tu partais en claquant la porte sans me dire où tu allais. Cela a duré plusieurs mois avant que tu sois apaisé. Tu m’as alors fait ta demande en mariage, j’ai dit oui tout de suite pensant naïvement que nous serions heureux ensemble, car je t’aimais profondément et j’étais aveuglée.

Tu as quitté ton travail car « c’étaient tous des cons », il ne comprenaient pas ta souffrance qui avait fini par reprendre de plus belle. J’étais là pour m’occuper de toi, t’aider à aller mieux. Je prenais soin de l’appartement, te faisais tes plats et desserts préférés, en future épouse parfaitement irréprochable. Je puisais dans mes économies pour t’offrir ce qui te faisais plaisir, espérant que cela apaise ta douleur.

À chaque problème rencontré, j’étais là pour t’aider, trouver les solutions : je t’ai aidé à trouver un nouveau travail, t’encourager dans tes passions, permis de revoir ton fils, arranger la situation avec ton ex et mère de ton fils « cette connasse qui t’avais mis dehors », renflouer tes dettes accumulées, gérer tes problèmes administratifs, soigner tes migraines.

Nous avons déménagé pour ton nouvel emploi, nous étions alors rapprochés géographiquement de mes parents.

Nous nous sommes mariés, sans la présence d’aucun de mes amis, ni ta famille. Tu ne voulais pas que ma meilleure amie soit là, tu étais persuadé que je t’avais trompé avec elle. Alors j’avais cessé tout contact avec elle, je l’ai abandonnée pour toi. Malgré cela, j’étais aveuglée, j’étais si heureuse, tu semblais si amoureux et c’était censé être le plus beau jour de notre vie.

Foutaises.

Après notre mariage, tu as commencé à dénigrer mes parents. Tu trouvais ma mère trop protectrice, tu me disais qu’il ne fallait pas écouter ses conseils, mais ça ne te dérangeait pas qu’elle t’aide financièrement. Petit à petit tu m’éloignais d’eux, tu as réussi à me convaincre que ça n’avait aucun intérêt de continuer de les voir.

J’ai arrêté de travailler, j’avais perdu toute inspiration. Je passais mes journées à faire le ménage, les courses, préparer tout ce que tu aimes pour ton retour du travail. Toute la journée j’appréhendais qu’il y ait un nouveau soucis à gérer. Je culpabilisais sans savoir pourquoi. Tu avais réussi à me formater pour te dire rien que la stricte vérité, absolument ne rien te cacher et pourtant je culpabilisais.

Tu as fini par démissionner, je t’ai emmené voir un psy, différents docteurs afin de soigner ton mal-être. Je me suis épuisée à absorber toutes tes ondes négatives, pendant que tu te nourrissais de mon énergie. J’ai abandonné tout ce qui me faisait plaisir : faire du shopping, m’habiller selon mes envies, sorties entre ami-e-s, faire du sport… Et même, je ne mangeais plus que ce que tu aimais toi. J’ai pris 18 kilos et j’étais mal dans ma peau. Me consacrer à ton bien-être m’a coupée du monde et de moi-même.

Comment pouvais-je te cacher quelque chose alors que tu savais absolument tout de moi, de mon passé, de mon présent. Je culpabilisais de choses que je n’avais pas faites. Alors que je t’ai toujours été fidèle et n’ai même jamais ressenti d’attirance pour d’autres personnes pendant que nous étions ensemble. J’étais irréprochable.

Tu ne voulais pas que je porte certains vêtements. Pas cette jupe, elle était trop courte. Pas de décolleté, tu tirais dessus pour le remonter. Moi qui était si féminine et soignée avant, tu m’as transformée en objet neutre, terne, vide. Je n’étais plus que ton ombre, complètement étiolée.

Tu étais jaloux des photos sur mon ordinateur, j’ai détruit majorité de mes souvenirs pour ne  susciter ni questions ni jalousie chez toi.

Nous avons encore déménagé pour que tu suives une formation dans une nouvelle voie professionnelle. Je me suis retrouvée très loin de mes parents. Je ne connaissais personne dans cette ville et j’y ai passé les six mois les plus tristes de ma vie. Face aux longues journées où tu ne m’adressais pas la parole, tu ne me regardais même pas, je devenais hystérique. J’avais épuisé toute énergie en moi et je craquais. Je voulais te faire réagir, te montrer à quel point tu me faisais souffrir. Je criais, je pleurais et toi tu t’en fichais. Je ne dormais plus, je me gavais de somnifères, j’ai détraqué mon sommeil.

Pour notre anniversaire de mariage, j’ai préparé un repas avec tout ce que tu préférais, mis des fleurs sur la table. Tu as fait la gueule toute la soirée, je t’ai demandé si ça te faisais plaisir et tu m’as dit que de toutes façons c’était « normal ». Tu es parti te coucher, une fois de plus tu avais une migraine.

J’ai recommencé à fumer. En fumant nerveusement ma cigarette par la fenêtre je regardais le sol du haut des trois étages, je me voyais m’y jeter. Pour tout arrêter. Ne pas faire souffrir mes parents, mon frère, c’est tout ce qui m’a retenue.

Lorsque toi tu fumais à la fenêtre la voisine d’en face te faisait des sourires qui en disaient long. Toi ça t’amusais qu’elle te mate, tu lui rendais ses sourires alors que tu ne me regardais même plus.
 
Tu as fini par me dire un jour que finalement, nous ne passerions peut être pas notre vie ensemble. Je t’ai demandé pourquoi tu disais ça, pour quelles raisons. Tu n’avais pas de raisons.
Mon monde s’écroulait, mon cœur se brisait en mille morceaux. C’était insupportable de ne pas comprendre pourquoi tu me disais ça.
 
Puis quelques jours après tu rentrais avec un cadeau pour te faire pardonner. Bêtement, je l’ai accepté et j’y ai cru à nouveau.

Un soir, lorsque tu dormais, tu as commencé à me grimper dessus comme un animal. Ça faisait des semaines que tu ne m’avais pas touchée, je me suis mise à pleurer. Tu avais juste envie de baiser, tu n’avais pas envie de moi. J’ai dis stop plusieurs fois avant que tu arrêtes, tu m’as dit « t’en avais envie quand même, t’étais mouillée ». Non, je n’avais pas envie de ça, j’avais envie de mon mari et de me sentir aimée, pas d’être baisée.

Ça a été le déclic, le lendemain j’ai appelé ma mère au téléphone, je lui ai expliqué que plus rien n’allait, que je n’étais pas heureuse, que je voulais rentrer chez mes parents. Elle m’a dit « ne bouge pas, avec ton père on vient te chercher demain, tu ne peux pas conduire dans cet état ». J’ai passé la nuit à rassembler mes affaires vitales, car je t’ai tout laissé, meubles, électroménager. Je ne voulais garder aucun souvenir de notre couple. Mes parents sont venus me chercher, je n’y suis jamais retournée. Je n’étais plus sous ton emprise.

Tu m’as appelée plusieurs fois au téléphone, tu n’avais pas compris que ton comportement était invivable, tout le mal que tu me faisais. Non, tu n’as jamais été violent physiquement, mais psychologiquement c’était insoutenable, épuisant. Puis tu as vite arrêté de me contacter lorsque j’ai lancé la procédure de divorce.

Tu t’es servi de ça pour te faire plaindre auprès de tes ex, espérant qu’elles viennent te porter secours. Car plus personne n’était là pour veiller sur toi, plus personne ne pouvait subvenir à tes besoins financiers.

Tu m’as envoyé un mail au bout d’un an, en me disant que je serai toujours ta petite princesse, que tu m’aimerais toujours. Peut être avais-tu trop de problèmes et tu espérais que je tombe une nouvelle fois dans le panneau ? Je ne t’ai jamais répondu. Tu peux crever, je souhaite même que tu souffres longuement avant de crever.
 
Il y a eu aussi la conciliation, nous nous sommes revus devant le juge. J’étais morte de trouille à l’idée de te revoir. Et lorsque je t’ai vu, toute ma peur s’est évanouie : tu étais une épave.

Je t’ai trouvé moche et pitoyable.

Tu m’avais promis de toujours prendre soin de moi, de ta petite princesse que tu aimais tant. Tout cela n’était qu’un mirage pour m’anesthésier. Il n’y a eu que moi à prendre soin de toi dans notre couple.

Tes blessures ne sont en aucun cas une excuse à ton comportement égoïste. Peut-être même qu’il ne s’agissait que de prétextes pour mieux m’utiliser, que tout cela n’a jamais existé. Néanmoins tu avais tout pour être heureux, tu avais la femme la plus parfaite au monde. Je t’ai tout donné, tu as tout pris et tout gâché.

Aujourd’hui ça fait deux ans et demi que je suis partie. Je prends soin de moi, j’apprends à refaire confiance, mais je n’arrive toujours pas à me laisser aller à la moindre relation. Je ne veux pas être en couple, de toutes façons je ne veux pas d’enfants. Je me sens mieux en société, je sors, j’ai des ami-e-s, je m’amuse et profite de ma liberté retrouvée.

Néanmoins je continue de me voir comme une proie dans le regard des hommes. Je bloque, je suis effrayée à l’idée de me retrouver nue dans les bras d’un homme, de perdre le contrôle.

Depuis un an, je souffre aussi d’affreux maux de ventre me montrant que je n’ai pas encore digéré la souffrance que tu m’as infligée au cours de ces années. Je suis encore en colère. Je n’ai pas digéré que tu voles sept années de ma jeunesse, que tu te nourrisses de mon désir de te rendre heureux.

Petit à petit je guéris, mais jamais je n’oublierai ce que tu m’as fait subir. Moi qui n’aimais pas les tatouages, deux mois après notre séparation je me suis fait tatouer le mot « renaissance ».
Oui, j’ai repris vie, je ne me suis jamais sentie aussi belle avec pléthore de possibilité s’offrant à moi.

Aujourd’hui j’attends avec impatience que le divorce soit prononcé, je pourrai enfin tourner définitivement la page. Je me sens encore fragile, j’ai de moins en moins de maux de ventre. Je vais y arriver, je suis décidée à récupérer le temps perdu.

La vie continue et j’ai décidé que ma vie sera merveilleuse.

 

Lila

Illustration par N.O.

2017-06-27T18:43:43+00:00

2 Commentaires

  1. Mäsha 28 avril 2015 at 11 h 14 min - Reply

    Merci pour ce témoignage. Je suis contente que tu ai trouvé la force de te soustraite a cet homme violent.

    Plein de réussites et de bonheurs dans ta nouvelle vie !

  2. Jess 30 juin 2017 at 23 h 16 min - Reply

    Je te souhaite une très belle vie, tu vas voir la confiance reviendra peu à peu .
    On garde des cicatrices mais au fil du temps elles ne s’ouvrent plus.
    Belle vie à toi 🙂

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